27.07.2009
Ce sera Paris
Le titre est une réponse à la question de Cracotte.
Ce sera Paris, donc. Avec un plaisir fou.
J'ai quand même un peu hésité. Lille, ça voulait dire voler de mes propres ailes, sans pouvoir subtiliser la carte bleue de papa-maman. Cela signifiait aussi lessive, cuisine, solitude aussi. Des choses devant lesquelles je ne rechigne pas en fait. Lille, c'était la liberté sans règles, l'anarchie, la débauche, la dépravation, l'occasion de laisser s'exprimer jusqu'au bout toutes mes folies spontanées. Mais Lille, c'était cher.
Je suis désormais en mesure de rétorquer à tous ceux qui prétendent que "Paris, c'est trop cher" que Lille est encore plus chère. Explications.
Boursier depuis décembre 2008 grâce au relèvement du plafond des ressources pour l'échelon 0 (ce qui signifie que l'on me rembourse mes frais d'inscription mais pas de subvention mensuelle), j'avais cru compter sur ce récent privilège pour échapper aux frais de scolarité un chouïa exorbitants des écoles de journalisme. Les deux meilleures, le CFJ Paris et l'ESJ Lille, demandent 3,500€ aux étudiants chaque année. Parce que le matériel, parce que les profs, parce que tout ça.
"Et pour les boursiers, on fait comment ?", demandai-je à l'école de Lille. "Ben, vous payez... 1,500€ d'acompte dès le 20 juillet [surprise !], puis 2,000€ à la rentrée en octobre."
"Et la bourse ne sert à rien ?"
- Avec la bourse, vous n'avez pas à payer les frais de sécurité sociale, soit un peu moins de 300€ d'économies.
- Génial. Il en reste quand même 3,500€. Et il n'y a pas de possibilité de faire autrement ?
- Des bourses privées, d'un montant allant de 500€ à 1,500€ sont accordées au cours de l'année. Mais il faut quand même payer les frais. Sachant que vous pouvez payer en plusieurs fois, mais il faut qu'en décembre, la totalité de la somme ait été versée.
- D'accord. Bon, ben, je vais réfléchir, hein.
Perdu dans mes réflexions à base de "Combien faudra-t-il que je me fasse de clients par jour pour réunir une somme pareille ? Et les tarifs à Lille sont-ils les mêmes que dans la rue Saint-Denis ?", je fus interrompu par la sonnerie de mon téléphone. A l'autre bout du fil (même s'il n'y a pas de fil dans les mobiles), le directeur de l'école de Paris qui avait dû mettre un micro sur moi :
"Venez chez nous ! La bourse vous permet de ne payer que 1,200€ !"
- Oh. [sourire.] Intéressant. Et combien dois-je payer en acompte ?
- Un chèque de 100€. Vous paierez le reste à la rentrée ou en plusieurs fois.
- Très bien. Je vais y réfléchir.
Evidemment, la réflexion fut rapide. Je suis né à Paris et j'y vis depuis 21 ans. J'avais bien envie de voir autre chose et de découvrir ce monde merveilleux qu'est la province, mais les 2,300€ de différence entre les deux écoles ont choisi pour moi. Et pourtant, ce n'est pas cette pensée-là qui m'a décidé à choisir Paris. Ce n'est que lorsque je me suis mis à arpenter les rues de ma capitale bien-aimée que je me suis rendu compte de l'attachement viscéral qui me lie à cette ville. J'ai erré dans les rues entre Opéra et Châtelet. Je croisais parfois des visages de clochards connus à qui j'envoyais des sourires à défaut d'espèces sonnantes et trébuchantes. C'était comme dans un film avec les violons derrière, les larmes qui bouillonnent par-dessous, le vent qui lèche le visage par-devant et quelques gouttes qui s'échappent des nuages là-haut. C'est là que j'ai compris que j'étais incapable de demeurer ailleurs qu'ici. Peu importe l'arrondissement, ou même en banlieue, pourvu que je ne sois pas loin de Paris.
L'année prochaine, je ferai donc mon entrée au CFJ. Enfin, mon entrée. Ce ne sera pas la première fois que j'y viens. La prépa' que j'avais suivie pour préparer les concours se déroulait au CFJ. J'ai malheureusement été le seul de cette promo' à intégrer le CFJ, mais... Ce n'est même pas malheureux. Je pensais que la victoire serait amère. Ce fut tout le contraire. Les témoignages d'amitié de mes compagnons de galère ont été plus intenses encore. Je ne résiste pas au plaisir de me faire mousser en citant quelques extraits d'un message envoyé par un des étudiants de la prépa :
"Je vais commencer par Ryan car il y a beaucoup à
raconter. Tu es le seul de la promo à être admis d'office et en plus
dans les deux plus belles écoles. Tu l'as dit, tu l'as fait. Bravo!
(D'ailleurs, mon cadeau est en cours...) Tu va pouvoir dans deux ans
être de l'autre de la barrière de la prépa ;-).
En fait, tu es ma première rencontre. C'était le dimanche 18 janvier
2009. Assis sur le perron du 35 rue du Louvre, j'attendais avec stress
mon passage à l'oral de la CAC. D'un coup, tu as fais ton apparition.
J'ai comme eu un coup de flash. On a commencé à discuter de nos
parcours, de tout et de rien comme d'Assas, d'Athis-Mons, d'une belle
et talentueuse fille que tu connaissais et qui a passé la veille
l'oral. On parlait, on parlait mais personne ne nous a ouvert
la porte et on avait presque 25 minutes de
retard. Alors tu as pris ton portable pour appeler ce journaliste de Paris
Obs qui est venu nous chercher. Et on a attendu encore
dans les couloirs du CFJ notre passage. On lisait Le Parisien. Puis
le journaliste est venu te chercher. Tandis que quelques minutes plus tard, je
passais devant un autre jury. Avant de nous quitter, on s'était dit "Bon
courage" sans jamais savoir si on allait se revoir...Et puis tu refais
ton apparition, le 21 février si je ne me trompe pas, et on connaît la
suite. En tout cas, quoiqu'il arrive tu auras déjà marqué ma vie.
Restes comme tu es car on t'apprécie comme ça: vrai et naturel. Je ne
sais pas si je te l'ai dit mais Sémillant futur présentateur du JT de
Daily motion t'écris super bien, continues R.E... ;-)"
Après avoir lu ça, j'avais les larmes aux yeux et je me suis décidé à faire en sorte que ce délire à propos du futur JT de Dailymotion devienne une réalité. J'ai tendance à penser que YouTube et Dailymotion se lanceront prochainement dans une course à l'information et concurrenceront les JT traditionnels. Ils auront donc besoin de quelqu'un pour présenter... Moi ! Mais vus les coûts de ce genre de programme, je crois que je me taperai aussi les reportages et les enquêtes. Ce qui n'est pas pour me gêner puisque j'adore ça.
Ce qui m'a le plus marqué dans ce message, c'est le "vrai et naturel" de la fin. C'est parmi eux que j'ai donné le plus libre cours à mes réflexions les plus cyniques. J'ai aussi fait mon coming-out au bout de quelques semaines seulement (sachant qu'on se voyait une fois par semaine) alors qu'il y a des amis que je côtoie depuis au moins cinq ans et qui ne sont toujours pas au courant. Avec eux, c'était différent.
Et ma grande interrogation maintenant, c'est : les autres élèves de ma promo' à l'école seront-ils aussi merveilleux que ceux de la prépa' ? Si ce n'est pas le cas, je ne pourrai m'empêcher de penser qu'il y a eu quelques erreurs de casting.
22:00 Publié dans Blablabla | Commentaires (5) | Tags : paris, cfj, esj, lille, école de journalisme
11.11.2008
Horreur au Marais
Après mon chocolat viennois et mon étude de documents sur le rapport qu'entretiennent les habitants d'Amiens aux élections municipales (c'était tordant), je résolus d'arpenter le Marais, parce que ça faisait longtemps que je ne m'y étais pas aventuré, et que c'est toujours flatteur pour l'ego de voir son corps observé sous toutes les coutures par des mâles en rut.
Même protégé par mon long manteau noir qui ne laisse rien voir de ma personne entre le cou et les Converse ©, je fus flatté de constater que les regards scrutateurs mi-admiratifs mi-concupiscents ne manquaient pas. Mais bon, point trop n'en faut, et c'est d'un pas pressé que je traversai les rues, fendant le peuple des Ours agglutiné devant le Bear's Den, et jetant des regards pleins de dédain aux habitués du Cox (comment c'est trop bien d'être jeune et fringant !).
Je me fis tout de même une grosse frayeur lorsque je croisai la route d'A.
*Flash-back*
Cela doit à présent remonter à un ou deux ans, à une époque où je voulais tellement être aimé que j'en étais parvenu à sauter au cou et au schtroumpf du premier venu. A. était gentil et nous nous amusions beaucoup, schtroumpfement parlant. Je trouvais ça grisant ces mains sur mon corps, ce désir suscité chez l'autre, ces instants secrets volés, cette intimité par intermittence, cette énergie purement charnelle qui m'animait, moi, le perpétuel intellectuel. Il y avait l'horrible voix de ma conscience qui m'envoyait des recommandations, mais qu'importe ! Vautré dans la débauche et la luxure, je pris plaisir à feindre d'être autiste et imperméable aux signaux de mon propre esprit.
Et puis, il a repris le dessus. Je me suis souvenu de mes idéaux, de mon innocence d'antan, de ce à quoi j'aspirais aussi. Parce que j'étais lâche, j'ai résumé tout ça dans un texto que j'ai envoyé à A. Et hop. Basta. Finito. À ma grande déconvenue, j'étais devenu l'une de ces tapettes froides, calculatrices et désincarnées qui ne voient en l'autre qu'un moyen d'assouvir leurs pulsions.
*Back in the habit*
Après ça, je changeai du tout au tout (ou presque) et menai une vie pieuse, loin du commerce des hommes (sic).
Alors forcément, de qui ai-je croisé la route à deux reprises ce soir ? A.
Il n'était pas seul, et heureusement, mon agilité sans pareille me permit d'esquiver toute forme de confrontation gênante. La première fois, je crois qu'il m'a vu aussi, mais comme moi, il connaît les Parisiens, et notre stratégie est simple : tant qu'on n'est pas nez-à-nez avec la personne, inutile d'être poli et de se saluer. Des regards qui s'entrecroisent n'indiquent en rien qu'il y ait la moindre connivence. Soulagé, je continuai ma route. Mais quelques rues plus tard, je tombai sur lui à nouveau. Dieu merci, il ne m'aperçut pas (ou il est encore plus doué en esquive à la parisienne que moi), mais plutôt que de tenter la chance une dernière fois, je rentrai à la maison dare-dare.
00:13 Publié dans Blablabla | Commentaires (0) | Tags : marais, gay, paris, passé dissolu de débauche et de luxure


