23.01.2009

Rendez-moi mon sang !

Don-du-sang-11-13-08-2008-12h57-57-Don-du-sang-un-geste-pour-les-autres-et-pour-vous..jpgJ'y ai repensé en écrivant la note juste en-dessous. Il y a près d'une semaine de cela, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé a renouvelé l'interdiction faite aux homosexuels de donner leur sang pour sauver des vies. Ça m'a laissé baba. Comme si les pédés étaient des Sang-de-Bourbe, des êtres impurs, des membres d'une sous-caste, qu'il vaut mieux tenir à l'écart pour leur propre salut et pour celui des autres.

J'ai beau être un gros pédé, je crois que dans ce cas, la désobéissance civile s'impose. Je donne (presque) régulièrement mon sang depuis maintenant deux ans. Dans la mesure où ma vie sexuelle est safe (c'est-à-dire comparable à l'encéphalogramme d'un poisson rouge mort), je crois que je continuerai à donner gratuitement de ma personne. De toute façon, j'ai pour habitude de mentir au médecin quand j'y vais. Sauf la fois où Tom-Tom a gaffé, mais ça s'est bien passé.

(La fois où Tom-Tom a gaffé, c'est quand Tom-Tom et moi sommes allés donner notre sang. J'ai eu l'entretien médical obligatoire, le petit topo, et hop, aspiration de mon sang. Seulement, Tom-Tom est allé voir le médecin juste après moi, et le médecin, sur le ton de la conversation, a évoqué notre amitié. Que Tom-Tom a compris comme le signe d'une connivence amoureuse entre lui et moi. Du coup, Tom-Tom a voulu mettre les choses au clair : "Il est gay, je suis hétéro', il n'y a pas de...". Le médecin ouvre grand les yeux, me court après (c'est facile, j'étais couché), et me demande si j'ai eu des relations fefuelles. Là, j'ai eu une hésitation : lui dire la vérité ou voir sa réaction en me vantant de mon succès dans les backrooms ? J'optai pour la vérité et il me laissa me vider de mon sang paisiblement.)

N'empêche que ça doit être dégradant de se voir refuser son sang parce qu'on est pédé. Autant celui qui est trop petit, ou trop mince ou trop malade se dit que c'est mieux pour lui, autant le pédé se retrouve relégué au rang de lépreux. Je crois qu'avant de revendiquer le mariage ou l'adoption, le droit de donner son sang et d'être utile à la communauté devrait être défendu. Mais c'est clair qu'une pancarte : "On veut se faire sucer (le sang)", c'est pas très glamour...

18:07 Publié dans Blablabla | Commentaires (6) | Tags : don du sang, homosexualité

Au placard !

Roger_Karoutchi_6.jpgBrrr. Ça m'a fait froid dans le dos d'apprendre que Roger Karoutchi, président du groupe UMP au Conseil Régional d'Île-de-France, s'apprête à révéler son homosexualité aux Français.

Je ne saisis pas trop la logique et la cohérence de cet effet d'annonce. Ça tue le suspense. Quand on se réveillera demain matin, et que les Franciliens se rueront sur le nouveau numéro de l'Optimum, ils sauront déjà tout des révélations exclusives de ce magazine.

Mais ce qui me turlupine, c'est le moment de l'annonce. C'est vrai, quoi. Il a cinquante-sept printemps, dont une petite trentaine ont été consacrés à la politique. Pour accéder à des mandats électifs dans les années 80, je veux bien croire que l'étiquette "pédé" faisait mauvais genre. Et puis, les choses ont changé. Jean-Luc Romero, conseiller régional UMP (argh ! Ils sont tous les deux dans le même groupe, au sein de la même instance ; de là à penser que les conseillers régionaux UMP, c'est tous des tapettes, il n'y a qu'un pas que je ne franchirai pas), a lui aussi dévoilé son orientation sexuelle et sa séropositivité (du coup, il est invité sur tous les plateaux télé quand il est question d'homosexualité ou de sida, ce qui contribue un petit peu à l'amalgame, mais ça fera l'objet d'une autre note, tiens). Et puis, évidemment, il y a Bertrand Delanoë, le maire de Paris. Évidemment, si Roger l'avait dit en même temps, genre "Moi aussi !", on se serait cru dans la Cage Aux Folles. Alors, il a un peu attendu son tour.Valerie_Pecresse_Mutualite_2007_12_07.jpg

Le truc bizarre, c'est que son tour vient à quelques mois des élections régionales et qu'une lutte intestine agite actuellement l'UMP pour savoir qui de Roger Karouchi ou de Valérie Pécresse, l'actuelle ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, conduira la liste. D'après des sondages récents, c'est Valérie qui est en tête. Faut dire que même si les profs de fac' la trouvent pas très maline (je n'ai pas le droit de citer mes sources), la classe et la distinction émanent de sa personne, et puis, elle a l'air sympa'. Roger, lui, il est pas très sex, il fait sérieux, austère, mauvais perdant et râleur aussi parce qu'il conteste la primauté de la belle Valérie.

Cette confession tombe finalement à point nommé pour lui donner un côté plus glamour (à prononcer à la Karl Lagerfeld). Bon, sur moi, ça marche pas, j'arrive pas à lui trouver un côté glamour, mais peut-être que ça fonctionnera sur des électeurs potentiels. De toute façon, j'habite pas dans les Hauts-de-Seine, alors je n'aurai pas à voter pour lui.

J'ai le sentiment d'une instrumentalisation et d'une manipulation abominables sur ce coup-là. J'adore la vérité, mais là, elle a l'air d'être utilisée à des fins intéressées. On verra dans quelques semaines si l'Opération-Séduction-Parce-Que-Je-Suis-Gay fonctionne. Si la politique tend à se transformer en concours de popularité, je n'hésiterai pas à voter pour Valérie. Elle s'y connaît mieux en cosmétiques que Roger.

23.10.2008

*Glups*

JoergHaider_Sep07.JPGJ'ai été très supris de découvrir que Jörg Haider - le leader autrichien d'extrême-droite décédé dans un accident de voiture il y a quelques jours - avait un petit copain, Stefan Petzner, en plus de sa femme, Claudia.

Le premier choc provient de l'association gay & extrême-droite. Ce n'est peut-être pas le cas en Autriche, mais le Front National en France n'est pas très gay-friendly. Et puis, je ne comprends pas comment on peut s'approprier une logique d'exclusion et de rejet de l'autre, de l'étranger, quand on est soi-même hors de la "norme". Je trouve ça débile de rejeter quelqu'un en raison de sa couleur de peau et de la taille de son nez, ou du lieu où il est né, de la famille dont il est issu, quand on sait que sous l'épiderme, on en est tous au même point. Je trouve débile le système de nationalité à vrai dire, et je ne peux m'empêcher de regarder avec circonspection ceux qui arborent avec fierté les couleurs de leur pays.

Fier : Qui éprouve une satisfaction d'amour-propre souvent fondée.

Je n'ai rien contre le fait d'être Français, mais je ne vois pas pour quelle raison je devrais me sentir fier. Je n'ai pas fait exprès de naître à Paris, et je ne suis en rien maître des circonstances qui ont poussé mes parents à venir vivre ici plutôt qu'à Buenos Aires, à San Francisco, au Caire ou à Tokyo. Alors oui, je suis Français, so what ? J'aurais pu être belge, portoricain ou australien, ça n'aurait rien changé à qui je suis, et si je me sens mieux à Paris qu'ailleurs, ce n'est pas une question de fierté, mais plutôt parce que j'ai bon goût (humpf). Je suis en constante opposition là-dessus avec mes amis issus de l'immigration (je hais ce vocable) : ils aiment clamer haut et fort combien ils sont fiers d'être de là-bas. Mais on aurait pu être de partout ! C'est toujours un hasard pour celui qui est né d'être né quelque part. Et au début comme à la fin, on est tous semblables. Éprouver de la satisfaction pour ce genre d'attribut me paraît risible.

Je partage le même avis sur le fait d'être gay. On est gay, oui, youpi ! Je ne l'ai pas choisi alors pourquoi devrais-je arborer un air heureux ? Je peux être fier en revanche de mes choix, comme celui d'assumer ouvertement mon homosexualité. Ça, c'est un sujet de fierté, parce que tout le monde n'en est pas capable, et que ça exige un investissement personnel.

Tout ça pour dire que je ne comprends rien à ce Jörg Haider, fier de son pays (?!) au point d'en exclure les corps extérieurs, mais qui dans le même temps, n'ose pas révéler son homosexualité au monde entier de peur de souffrir d'intolérance et de rejet. Je n'aurais pas apprécié cet homme, je crois.

Et puis, le second truc qui me turlupine, c'est le cumul petit ami + épouse. Épouse consentante d'ailleurs, parfaitement au fait de la double-vie de son mari. Le fait qu'il puisse être bissexuel et avoir une vie sentimentale pas comme les autres ne me gêne pas ; c'est l'hypocrisie entretenue, cette lâcheté inassumée, cet aspect ambivalent qui me tracassent. On peut vivre dans le péché, mais dormir dans le mensonge, c'est... glauque.