09.02.2009

Un bon début

Conformément à mes résolutions, j'étais décidé à aller de l'avant, et j'ai accepté une proposition à déjeuner avec un ami que je n'avais pas vu depuis longtemps. Voyant qu'il n'avait pas répondu à mon courriel, je téléphone :

Moi : - Allô, c'est moi. Tu vas bien ?
Lui : - Oui, ça va.
Moi : - Ah ben euh, moi aussi. C'était pour savoir si t'es toujours partant pour demain midi (point d'interrogation sous-entendu).
Lui : - Ça va pas être possible : je suis en Belgique, ma grand-mère vient de décéder.

Et vlan, dans les dents. Il va falloir que je revoie ma copie.

Y'a-qu'à-faut-qu'on

714MonicaRev.jpgD'ordinaire, j'entre dans la vie des autres. Je pénètre leurs jardins, je les découvre et les explore. Je leur apporte des conseils sur la façon dont ils doivent mener leur barque dans l'existence. Je me sens à l'aise dans cette position de guide. Je me prends alors pour Monica, le personnage principal de la série Les Anges du Bonheur (à l'époque, un moyen d'occuper mes après-midis après le téléfilm de 13h30). J'attendais avec impatience cet instant de l'épisode, où dévoilant sa véritable identité, Monica (et Tess et Andrew, aussi) apparaissait nimbée d'une lumière surnaturelle, semblant jaillir de nulle part. Revêtue de blanc, elle indiquait alors aux créatures perdues le chemin à suivre, avec des trémolos dans la voix. En ces temps d'innocence, j'ignorais encore tout des fondamentalistes religieux, mais avec du recul, je crois pouvoir dire que les scénaristes et les producteurs de cette série n'étaient pas des intégristes purs, puisqu'ils étaient favorables à la fécondation in vitro. Et dans mes rapports aux autres, j'ai parfois adopté ce modèle, me faisant la voix d'une sagesse intemporelle

Et puis, il y a eu cette réflexion que m'a faite D. l'autre jour. Sur le fait que cela fait maintenant plusieurs mois (années) que je n'ai rencontré personne. Certes, mais il faut avouer que cela ne me manque pas vraiment. Je crois qu'à l'instar de Monica, j'ai renoncé à avoir ma propre vie. Cet ange n'a pour histoire que celle des autres, de ceux qu'elle a aidés et soutenus, accompagnés et écoutés. Je sens bien qu'il me faudrait réagir contre cet état de fait, mais l'envie m'en manque cruellement, parce que si je suis très fort dans mon rôle de donneur de leçons, j'ignore comment les apprendre. Surtout, je ne fais plus confiance. Mon journal intime vit en Suisse car ainsi, je suis certain que personne ne tombera dessus par inadvertance. Oh, bien sûr, il y a ce blog, mais c'est tellement facile de se confier à des inconnus que l'on ne rencontrera jamais. Les confessions anonymes n'ont que peu de valeur, selon moi. Il faudrait que cela change.

Alors, je vais saisir la balle au bond, et vivre. Ou en tout cas, me donner des objectifs à remplir. Ce ne seront pas de bonnes résolutions car je n'ai pas pour habitude de tenir les promesses que je me fais à moi-même. Non, ce seront des Choses-Que-Je-Dois-Faire-Pour-Ne-Pas-Vivre-Par-Procuration. En voici une liste non exhaustive :

- converser véritablement avec les gens, sans me contenter de répondre par l'affirmative
- aller plus régulièrement sur Facebook, et écrire spontanément à mes relations (ou leur envoyer des pokes quand les mots me manquent)
- avoir une ou plusieurs activités sociales me contraignant à avoir affaire à des inconnus que je ne pourrai snobber
- écrire une nouvelle, histoire que toutes ces idées dans ma tête trouvent un exutoire
- avoir une longue conversation père-fils, puis une longue conversation mère-fils, puis une autre longue conversation parents-fils
- ne plus chercher d'excuses pour éviter les pots conviviaux avec les camarades de fac'
- ajouter une nouvelle personne dans mon cercle restreint d'amis proches et indéfectibles, histoire d'apprendre à faire confiance

Je ne me donne pas d'ultimatum, parce qu'il est déjà ardu de m'imaginer accomplir ces choses. C'est tellement facile à écrire, ces yaks à faucons...