30.07.2009

La fabrique à nuages

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Quand j'étais petit, je pensais que cette espèce de grande cheminée au sud de Paris était une fabrique à nuages. Et qu'il suffisait d'entrer à la base de la cheminée pour pouvoir s'envoler sur un nuage, le long du tuyau, puis de s'installer confortablement  à bord d'un nuage et de se laisser dériver.

Des journalistes ont finalement brisé mon rêve, puisque l'image de cette grande cheminée apparaît presque systématiquement dans les reportages traitant de la pollution en milieu urbain. Il semble que toutes ces émanations fumeuses ne sont pas des nuages mais le résultat d'incinération de déchets.

Mon rêve n'est pas mort pour autant. Et à chaque fois que j'ai l'occasion de passer devant la cheminée, ou même que je contemple les nuages dans le ciel, je me jure tout bas qu'un jour, je ferai la sieste sur un nuage fabriqué par cette usine.

27.07.2009

Les limites

Je n'ai jamais su déterminer où commence la familiarité et où s'arrête la respectueuse amitié.

En CE2, j'étais le chouchou de Mme François, la directrice de l'école. Lorsqu'elle signait un document, elle apposait son tampon sur le papier et un "L. François" se détachait alors aux côtés de sa signature. Je ne passais pas un jour sans lui demander ce que signifiait ce "L." Et un jour, à bout de forces devant mon acharnement, mais un sourire malicieux au coin des lèvres, elle me révéla que son prénom était Lucette. Du haut de mes sept ans, j'ignorais pourquoi elle tenait tant à cacher ce nom que je m'empressai donc de révéler à mes camarades. Avec le recul, je crois comprendre que même pour elle, ça faisait "prénom de vieille" et que Mme François, ça incarne l'autorité. Quand il y avait du monde, je l'appelais Mme François. Et quand nous étions seuls (elle me confiait souvent des missions spéciales : quête de craies, collecte des cahiers d'appel dans les classes, approvisionnement des fournitures dans la réserve, etc. - ce n'était pas à proprement parler de l'esclavage, puisque j'avais quand même droit à des bonbons et des chocolats, que j'aimais me rendre utile et que ma précocité rendait tous les cours follement ennuyeux), je l'appelais Lucette. Sauf un jour, où, gai comme un pinson, je lançai tout sourire un "Bonjour, Lulu !" qui ne plut pas du tout à l'intéressée, comme en témoigna la gifle qu'elle m'infligea. Mais je ne pleurai pas, j'étais plus surpris qu'autre chose. Après une analyse psychanalytique de moi-même, je crois pouvoir dire qu'en l'absence de mes grands-parents qui vivaient dans une île des Caraïbes loin, loin, loin, j'avais transposé l'image de la grand-mère sur Mme François. Qui n'était peut-être pas prête à accueillir à bras ouverts un petit-fils illégitime. Dès lors, j'en revins au cordial "Mme François", ne parlai de l'incident à personne, et constatai que nos relations n'avaient pas été si ternies que ça, puisque je continuais à gambader dans toute l'école pour accomplir des missions spéciales.

Si cet épisode de mon enfance revient aujourd'hui sur le tapis, c'est parce que le directeur de mon école de journalisme, que je trouve un tant soit peu charmant, est présent sur Twitter, Facebook et Wikipedia. Bon, j'ai lu sa bio' sur Wiki, décidé de le follower sur Twitter (on sait jamais, il pourrait parler de moi) et là, j'hésite. Je ne me vois pas l'ajouter en tant qu'ami sur Facebook dans la mesure où la dernière fois qu'on s'est vus, c'était pour qu'il me fasse passer un oral. Quand je n'ose pas quémander frontalement l'amitié d'un autre utilisateur, d'habitude, je le 'poke'. À lui de voir s'il me 'poke back', ou pire, s'il décide de quémander mon amitié. Mais là... En consultant la liste de ses amis, j'ai pu me rendre compte qu'il y avait pas mal de ses anciens élèves. Pas de problème relationnel prof/élève donc. Je le croiserai régulièrement dans quelques semaines et avec un 'poke', je pourrai l'impressionner par mon audace et ma connaissance des réseaux sociaux. Mais c'est quand même le directeur de mon école et il pourrait très mal le prendre.

Huh... Après mûre réflexion, je crois que je vais patienter un peu avant de le 'poke'. Parce que la dernière fois que je lui ai parlé en tête-à-tête, c'était pour l'entretien d'admission. En même temps, il m'a téléphoné pour me dire de venir dans son école et de renoncer à Lille. Une affaire à suivre en tout cas...

 

 

Ce sera Paris

Le titre est une réponse à la question de Cracotte.

Ce sera Paris, donc. Avec un plaisir fou.

J'ai quand même un peu hésité. Lille, ça voulait dire voler de mes propres ailes, sans pouvoir subtiliser la carte bleue de papa-maman. Cela signifiait aussi lessive, cuisine, solitude aussi. Des choses devant lesquelles je ne rechigne pas en fait. Lille, c'était la liberté sans règles, l'anarchie, la débauche, la dépravation, l'occasion de laisser s'exprimer jusqu'au bout toutes mes folies spontanées. Mais Lille, c'était cher.

Je suis désormais en mesure de rétorquer à tous ceux qui prétendent que "Paris, c'est trop cher" que Lille est encore plus chère. Explications.

Boursier depuis décembre 2008 grâce au relèvement du plafond des ressources pour l'échelon 0 (ce qui signifie que l'on me rembourse mes frais d'inscription mais pas de subvention mensuelle), j'avais cru compter sur ce récent privilège pour échapper aux frais de scolarité un chouïa exorbitants des écoles de journalisme. Les deux meilleures, le CFJ Paris et l'ESJ Lille, demandent 3,500€ aux étudiants chaque année. Parce que le matériel, parce que les profs, parce que tout ça.

"Et pour les boursiers, on fait comment ?", demandai-je à l'école de Lille. "Ben, vous payez... 1,500€ d'acompte dès le 20 juillet [surprise !], puis 2,000€ à la rentrée en octobre."

"Et la bourse ne sert à rien ?"
- Avec la bourse, vous n'avez pas à payer les frais de sécurité sociale, soit un peu moins de 300€ d'économies.
- Génial. Il en reste quand même 3,500€. Et il n'y a pas de possibilité de faire autrement ?
- Des bourses privées, d'un montant allant de 500€ à 1,500€ sont accordées au cours de l'année. Mais il faut quand même payer les frais. Sachant que vous pouvez payer en plusieurs fois, mais il faut qu'en décembre, la totalité de la somme ait été versée.
- D'accord. Bon, ben, je vais réfléchir, hein.

Perdu dans mes réflexions à base de "Combien faudra-t-il que je me fasse de clients par jour pour réunir une somme pareille ? Et les tarifs à Lille sont-ils les mêmes que dans la rue Saint-Denis ?", je fus interrompu par la sonnerie de mon téléphone. A l'autre bout du fil (même s'il n'y a pas de fil dans les mobiles), le directeur de l'école de Paris qui avait dû mettre un micro sur moi :

"Venez chez nous ! La bourse vous permet de ne payer que 1,200€ !"
- Oh. [sourire.] Intéressant. Et combien dois-je payer en acompte ?
- Un chèque de 100€. Vous paierez le reste à la rentrée ou en plusieurs fois.
- Très bien. Je vais y réfléchir.

Evidemment, la réflexion fut rapide. Je suis né à Paris et j'y vis depuis 21 ans. J'avais bien envie de voir autre chose et de découvrir ce monde merveilleux qu'est la province, mais les 2,300€ de différence entre les deux écoles ont choisi pour moi. Et pourtant, ce n'est pas cette pensée-là qui m'a décidé à choisir Paris. Ce n'est que lorsque je me suis mis à arpenter les rues de ma capitale bien-aimée que je me suis rendu compte de l'attachement viscéral qui me lie à cette ville. J'ai erré dans les rues entre Opéra et Châtelet. Je croisais parfois des visages de clochards connus à qui j'envoyais des sourires à défaut d'espèces sonnantes et trébuchantes. C'était comme dans un film avec les violons derrière, les larmes qui bouillonnent par-dessous, le vent qui lèche le visage par-devant et quelques gouttes qui s'échappent des nuages là-haut. C'est là que j'ai compris que j'étais incapable de demeurer ailleurs qu'ici. Peu importe l'arrondissement, ou même en banlieue, pourvu que je ne sois pas loin de Paris.

L'année prochaine, je ferai donc mon entrée au CFJ. Enfin, mon entrée. Ce ne sera pas la première fois que j'y viens. La prépa' que j'avais suivie pour préparer les concours se déroulait au CFJ. J'ai malheureusement été le seul de cette promo' à intégrer le CFJ, mais... Ce n'est même pas malheureux. Je pensais que la victoire serait amère. Ce fut tout le contraire. Les témoignages d'amitié de mes compagnons de galère ont été plus intenses encore. Je ne résiste pas au plaisir de me faire mousser en citant quelques extraits d'un message envoyé par un des étudiants de la prépa :

"Je vais commencer par Ryan car il y a beaucoup à
raconter. Tu es le seul de la promo à être admis d'office et en plus
dans les deux plus belles écoles. Tu l'as dit, tu l'as fait. Bravo!
(D'ailleurs, mon cadeau est en cours...) Tu va pouvoir dans deux ans
être de l'autre de la barrière de la prépa ;-).
En fait, tu es ma première rencontre. C'était le dimanche 18 janvier
2009. Assis sur le perron du 35 rue du Louvre, j'attendais avec stress
mon passage à l'oral de la CAC. D'un coup, tu as fais ton apparition.
J'ai comme eu un coup de flash. On a commencé à discuter de nos
parcours, de tout et de rien comme d'Assas, d'Athis-Mons, d'une belle
et talentueuse fille que tu connaissais et qui a passé la veille
l'oral. On parlait, on parlait mais personne ne nous a ouvert
la porte et on avait presque 25 minutes de
retard. Alors tu as pris ton portable pour appeler ce journaliste de
Paris
Obs qui est venu nous chercher. Et on a attendu encore
dans les couloirs du CFJ notre passage. On lisait
Le Parisien. Puis
le journaliste est venu te chercher. Tandis que quelques minutes plus tard, je
passais devant un autre jury. Avant de nous quitter, on s'était dit "
Bon
courage" sans jamais savoir si on allait se revoir...Et puis tu refais
ton apparition, le 21 février si je ne me trompe pas, et on connaît la
suite. En tout cas, quoiqu'il arrive tu auras déjà marqué ma vie.
Restes comme tu es car on t'apprécie comme ça: vrai et naturel. Je ne
sais pas si je te l'ai dit mais Sémillant futur présentateur du JT de
Daily motion t'écris super bien, continues R.E... ;-)
"

Après avoir lu ça, j'avais les larmes aux yeux et je me suis décidé à faire en sorte que ce délire à propos du futur JT de Dailymotion devienne une réalité. J'ai tendance à penser que YouTube et Dailymotion se lanceront prochainement dans une course à l'information et concurrenceront les JT traditionnels. Ils auront donc besoin de quelqu'un pour présenter... Moi ! Mais vus les coûts de ce genre de programme, je crois que je me taperai aussi les reportages et les enquêtes. Ce qui n'est pas pour me gêner puisque j'adore ça.

Ce qui m'a le plus marqué dans ce message, c'est le "vrai et naturel" de la fin. C'est parmi eux que j'ai donné le plus libre cours à mes réflexions les plus cyniques. J'ai aussi fait mon coming-out au bout de quelques semaines seulement (sachant qu'on se voyait une fois par semaine) alors qu'il y a des amis que je côtoie depuis au moins cinq ans et qui ne sont toujours pas au courant. Avec eux, c'était différent.

Et ma grande interrogation maintenant, c'est : les autres élèves de ma promo' à l'école seront-ils aussi merveilleux que ceux de la prépa' ? Si ce n'est pas le cas, je ne pourrai m'empêcher de penser qu'il y a eu quelques erreurs de casting.

22:00 Publié dans Blablabla | Commentaires (5) | Tags : paris, cfj, esj, lille, école de journalisme

16.07.2009

Waouh

Les résultats sont tombés aujourd'hui et sont surprenants. Au point qu'il est plus de trois heures du matin et que je n'arrive pas à m'endormir, l'esprit chargé d'émotions.

Je suis admis. Aux deux meilleures écoles de journalisme de France. Nous sommes 45 à Lille, 30 à Paris (qui a réduit ses effectifs pour cause de crise). Je ne mesure pas encore totalement ce que ça veut dire dans ma tête, mais je crois que mon corps a saisi parce qu'il ne veut pas se reposer. Ou peut-être qu'il essaie d'éliminer toute la tension accumulée de façon latente au cours des derniers mois. Je n'arrive pas à dormir.

J'ai remercié le Grand Monsieur Là-Haut. J'ai mis à jour mon statut sur Facebook. J'ai annoncé la nouvelle sur Twitter. J'ai envoyé des SMS à tire-larigot. Je recommence à vivre, à respirer, à manger aussi (des Toblerone... hmmm !). Je suis toujours en stage (dans un quotidien économique) mais c'est comme si c'était les vacances, parce que je n'attends plus rien. Il n'y a plus d'échéance. C'est une page qui se tourne.

Je ne retournerai plus jamais à la fac', par exemple. Ces trois années m'ont pourtant permis de faire des rencontres inoubliables. Je vais faire des choses que j'aime, vivre à fond pendant deux ans dans un cadre qui me plaira, du moins je l'espère. Je vais plancher des nuits entières, je vais manquer de sommeil, me battre pour réussir et gagner mon quignon de pain. Je vais vivre.

Dans les transports tout à l'heure, j'avais les lèvres qui tremblaient au rythme de la musique qu'égrenait mon iPod. Parce que je prenais peu à peu conscience de l'ampleur de la chose. Plus de 900 personnes ont passé ce même concours. Pour certaines d'entre elles, c'était la deuxième ou même la troisième fois. Aux yeux de beaucoup de mes profs au cours des six mois de préparation qui ont précédé le concours, je suis exceptionnellement jeune. 21 ans, c'est finalement très peu. D'ordinaire, les écoles requièrent un peu plus de maturité, d'expérience. 23 ans est souvent l'âge idéal. Surtout qu'il faut travailler au bout des deux ans de formation. Et que trouver du travail à 23 ans dans un secteur en crise, ce ne sera certainement pas la chose la plus aisée au monde.  Mais c'est ce que je veux faire.

Parmi mes comparses, seules deux étudiantes ont l'espoir d'intégrer une école. Pour les douze autres, il n'y aura malheureusement rien. Ah, mes lèvres retremblent. C'est parce que ce sont des gens hors du commun (et je n'ai pas pour habitude d'être flatteur) et que je suis sincèrement indigné qu'ils n'aient pas trouvé de place en école. Je ne blâme personne. C'est juste qu'à chaque fois que je vois un nom à particule dans les listes, ça fait 'tilt' dans ma tête. Parce que je ne sais pas de quelles facilités cette personne a bénéficié, et si ça se trouve, elle est simplement talentueuse et douée, mais... Je crois qu'un jour, je ferai une enquête sur les modes de recrutement au sein des écoles.

Je suis heureux. Soulagé aussi, parce que j'avais le ventre noué jusqu'à 17 heures. Avec mes collègues au bureau, je tentais de ne rien laisser paraître, mais les trépignements de mes jambes parlaient à ma place. Actualiser la page. Actualiser la page. Actualiser la page. Nothing. C'était frustrant. Avec dans la tête, les scenarii du pire et du meilleur qui défilent en boucle, s'enchaînent et s'entremêlent. Cette tension, c'est... éprouvant. De l'autre côté, il y a les espoirs et les attentes des autres. Le cercle d'amis qui a confiance et qui croit en votre potentiel et qu'on a peur de décevoir. Les parents qui mettent beaucoup d'espoir sur ce fils aîné qui fera peut-être de l'ombre à Laurence Ferrari et qui fera donc étinceler le nom de la famille sur les écrans de télévision du monde entier. On pourra alors envoyer des vidéos au pays pour leur montrer que l'on a réussi (et peu importe que toute la famille au pays soit déjà morte au fond) ou qu'au moins, les enfants ont réussi.

Ils diront que c'est à force de travail et d'acharnement que l'on arrive à un tel niveau. Mais... Je ne partage pas ce sentiment. Je veux dire que je n'ai pas eu le sentiment de trimer pendant des heures sur des sujets d'actualité. Je n'ai pas particulièrement révisé les thèmes de culture générale. Je n'ai pas fait des fiches synthétiques et quotidiennes sur l'actualité. Je n'ai pas lu les ouvrages de la bibliographie indicative. Je me suis contenté de faire ce que l'on me demandait. Lire l'actualité. Effectuer quelques reportages. Faire mes exercices de grammaire en anglais. Et ça a suffi. Ce qui est d'autant plus frustrant pour tous ceux qui avaient investi la moindre once d'énergie pour ce concours. D'après un homme que j'admire (et que j'aime peut-être mais non, quand même pas), j'ai des "facilités". Au point que j'en deviens pervers et torturé. Selon lui, mon niveau intellectuel est tel que je n'ai pas besoin de fournir de gros efforts. Bon. Seulement, je suis loin d'être fainéant et je crois à la rémunération du mérite. Du coup, je cherche à mériter ce que j'obtiens sans effort en faisant des efforts. Torturé. Ce qui me pousse à détourner les problèmes les plus simples en difficultés complexes pour y déceler la petite bête inutile sur laquelle mon esprit pourra buter et exercer son attention. Pervers.

Il a peut-être raison, ce qui serait flatteur, selon moi. Je crois que je suis béni, en fait.

03:11 Publié dans Blablabla | Commentaires (5)

08.07.2009

Trop-plein

J'ai de nouveau l'impression qu'une éternité s'est écoulée depuis que j'ai blogué pour la dernière fois. Comme si j'étais enceinte j'avais accouché, en fait, sauf que je ne suis pas enceinte et que je n'ai pas accouché. Non, chez moi, l'absence est plutôt liée à un trop-plein.

Trop plein d'écriture, d'une part. A force de noircir des pages et des pages de feuilles blanches, le besoin d'écrire est moins pressant. Evidemment, ici, c'est écrire pour le plaisir, mais après de mauvaises nuits passées à conjecturer sur les sujets du lendemain, le plaisiir laisse place à la lassitude.

Trop-plein de lecture aussi. Être en permanence au courant de ce qui se passe dans le monde exige de lire Le Monde, Le Figaro, Libération, Courrier International, Le Point, L'Express, Le Nouvel Observateur, Le Canard Enchaîné, Marianne, Le Parisien, Charlie Hebdo, Closer, XXI, Les Échos, etc. Dieu merci pour mon portefeuille, je ne lisais pas tout ça. Mais cela m'a permis de me rendre compte de l'iinconscience des écoles de journalisme qui ont un niveau d'exigence tel qu'elles te font sentir que tu devrais lire tout ça. Alors oui, quand je serai étudiant en école et que je pourrai chaque matin choper gratuitement les journaux auxquels l'école est abonnée, je pourrai peut-être m'amuser à lire tout ça. Lorsqu'ils préconisent de lire au moins deux quotidiens couplés à des hebdomadaires divers et variés, ils n'ont pas l'air de se rendre compte que tout ça, c'est payant. C'est certainement la raison pour laquelle les frais de concours sont aussi élevés. Mais après leur avoir posé la question, il paraît qu'ils ne font aucune marge bénéficiaire là-dessus et que ça suffit tout juste à payer les correcteurs et le papier.

Trop-plein d'émotions ensuite. Je parlais d'une victoire amère, mais tout est bien qui finit bien. Les autres m'ont félicité en bonne et due forme, et après un pique-nique au Champ de Mars, je puis confirmer qu'il n'y a pas d'amertume ou d'envie. Ce sont mes soutiens les plus indéfectibles et je les en remercie.

Trop-plein de voyages également. Être admissible à Lille est une chose, se rendre là-bas en est une autre. Je suis de ces Parigots-tête-de-veau, pour qui au-delà du périph', point de salut et qui considèrent que tout ce qui est au-delà des frontières de l'Île-de-France n'a aucun intérêt (la banlieue, c'est bien, parce que ça fait comme une sorte de patrimoine foncier, tu vois). À mon arrivée à Lille, j'ai évidemment passé un quart d'heure à errer sous la pluie avant de trouver mon lieu de villégiature tout aussi humide. Mais la pluie de Lille ne rend pas enrhumé, alors on ne va pas s'en plaindre, hein.

Trop-plein de dégoût. L'été amène avec lui des haut-le-cœur. Par exemple, quand j'ai lu dans le 20 Minutes - Édition de Lille un homme dire qu'il comptait sur l'élection du FN à Hénin-Beaumont pour trouver du travail une fois que tous les immigrés seraient partis, ça m'a fait un choc. J'ai immédiatement pensé : "À Paris, nous l'aurions lynché, ici, ils lui donnent une tribune". Je ne doute pas que des Parisiens pensent la même chose, mais ils ne témoignent pas dans le 20 Minutes dans ce cas. Et il y a aussi eu ce cauchemar où de faux policiers me fouillaient et en profitaient pour me peloter. Ma seule réplique a été : "Revenez demain soir, même endroit, même heure" avec à l'esprit l'idée qu'il me viendrait bien une stratégie à la Lisbeth Salander pour leur faire payer leur audace. Mais je me suis réveillé et du coup, le cauchemar est parti.

Trop-plein de travail. Il y a longtemps que je n'ai pas eu de vacances. Et moi qui pensais avoir des vacances de tout repos parce que je n'ai pas cherché de job d'été, ben, c'est râpé. La crise fait venir le travail jusqu'à moi. Plus de CDD désormais, juste des stages sous-payés. Youhou. Que je ne refuse pas, parce que je suis à découvert et que n'importe quel sous-emploi me permettrait de combler un tant soit peu le sombre abîme de mon compte en banque.  Et cela, toujours grâce aux réseaux, aux rencontres, aux relations. *soupir* Je rêve du bon vieux temps où j'envoyais des CV et passais des entretiens. Nous avions au moins la fierté du mérite en ce temps-là. Mais je ne vais pas me plaindre. Je suis choyé au milieu d'une équipe de journalistes de Radio France et après, je tâterai du quotidien économique, donc rien de bien dommageable. Surtout que pour l'instant, je suis à Paris. Qui sait ce qu'il adviendra de moi la semaine prochaine au moment des résultats ?

Oh, et trop-plein de morts aussi. Les deux avions, Michael, Farrah, Poileautre (inconnu au bataillon). Ça fait quand même un été morbide. Mais bon, Dorothée est toujours vivante. Je l'ai toujours préférée à Michael Jackson.

07:19 Publié dans Blablabla | Commentaires (0)

07.07.2009

Happy B-day

(Ah. J'adore cette super-fonctionnalité qui permet de dater un article comme on veut.)

Joyeux anniversaire, Swen ! Et à vous aussi, Eva et Tony. Deux ans de mariage, c'est quand même pas rien, surtout chez les people.

eva-longoria-tony.jpg
Et puis, c'était aussi l'anniversaire de la fois où je l'ai dit à mon papa. J'avais misé sur le côté 07/07/2007, tout comme Eva et Tony, parce que 7, c'est le chiffre de la perfection. Et donc mon chiffre préféré, évidemment.

La nuit avant, j'avais préparé mes valises, bouclé mes sacs, répondu à mon courrier, enregistré tous mes documents sur des CDs, rédigé une lettre à l'attention de mes parents, la totale, quoi. Le samedi matin, quand je me suis levé, je leur ai dit "Bonjour". Ils prenaient leur petit-déjeuner et je me suis dit que lancer un "Papa, Maman, je suis gay" à ce moment-là, ç'aurait été carrément cliché. Je voyais déjà le café refroidi, la biscotte entamée mais jamais terminée, la cuisine comme figée dans le temps, les regards d'incompréhension,... Non, plus tard.

Plus tard, mon papa me coupe les cheveux. Un rituel mensuel pour ne pas que je ressemble aux hippies des Jackson Five. Là encore, je n'ose pas ouvrir la bouche (comme une brebis muette devant ceux qui la tondent) de peur de me retrouver avec une tête à moitié chauve ou quelque chose dans ce genre-là. Plus tard.

Mon père est dans le jardin, ma mère dans la cuisine. Trop dur de faire deux coming-out en une seule matinée. Il faudrait qu'ils soient dans la même pièce et j'ai déjà raté le petit-déj'. Attendons le déjeuner alors. Qui arrive finalement beaucoup plus vite que prévu. Dans ma chambre, j'hésite. Je sors, je sors pas. J'ouvre la porte, jette des coups d'œil firtifs dans le couloir. J'y vais, j'y vais pas, j'y vais, j'y vais pas. C'est pourtant si facile. "Papa, Maman, je suis gay." Dix secondes à tout casser. À tout casser, ouais. Bon, ben, allons-y cassons tout, déchaînons rage et colère sur le monde sans nous soucier des conséquences. Je vais déjeuner.

"Je peux avoir l'eau s'il te plaît ?" Comment annoncer ça juste après ça ? La télé' en fond sonore n'aide pas et ma mère se presse parce qu'elle doit aller travailler. Finalement, le repas a lieu sans que j'ouvre la bouche? Ma mère quitte la table, prend son sac ; j'y vais, j'y vais pas ? J'y vais pas : elle va conduire, ça pourrait la tuer, hein. Alors je la laisse partir, pauvre ignorante des tourments qui agitent l'âme de son aîné. Mon père, lui, va faire une sieste. Ah. Lui, pas moyen qu'il en crève. Une crise cardiaque dans son sommeil, peut-être, mais en même temps, je dois le faire. Il n'y aura plus jamais de 07/07/07 avant une bonne centaine d'années. J'y vais, j'y vais pas ? J'y vais.

Il est couché dans son lit mais ne dort pas encore. "Qu'y a-t-il ?" Là encore, je n'ose pas ouvrir la bouche. Mais j'ai la lettre à la main, celle que j'avais prévu de leur laisser en disparaissant sans bruit. Seulement, disparaître sans bruit, ça fait lâche et je ne veux pas laisser cette image désolante de moi. Surtout qu'il faut bien disparaître quelque part. Alors je lui tends la lettre. "Qu'est-ce qu..." Lis. Je m'asseois et je me tais. Je le regarde lire. La maison est silencieuse, le temps a l'air figé (saleté de Piper). J'ai l'impression qu'il met des heures à lire. Un "Papa, je suis gay" aurait été tellement plus court. Mais ma lettre dit bien d'autres choses encore.

Et au lieu de la fureur que j'attendais (que j'espérais ?), il y eut ces larmes et cette petite voix sourde. "C'est vrai ?"

Nous avons longuement parlé. Il s'est reproché son manque de dialogue avec moi, ses absences. Je lui ai fait remarquer que j'étais une personne réservée et fière et que je n'avais nullement besoin de ces relations père-fils harmonieuses comme dans High School Musical. Il dit qu'il aurait dû être plus présent, que si j'étais comme ça, c'était un moyen pour moi de me chercher un père. Je lui ai dit que je n'étais pas psychologiquement déséquilibré à ce point et que je ne cherche surtout pas à avoir deux pères. Je lui ai fait remarquer que, justement, j'ai passé plus de temps avec lui qu'avec ma mère, vu qu'elle travaille de 13 heures à 21 heures, alors que lui travaillait la nuit. C'est lui qui venait me chercher à l'école, que j'obligeais à regarder Club Dorothée à 16 heures 30 et qui m'a emmené voir Dorothée en concert en décembre 1991.

Et là, il a dit : "Ne dis rien à ta mère."

"Ça la tuerait", a-t-il ajouté. Et j'ai opiné.

Résultat : depuis deux ans maintenant, mon père et moi partageons ce secret. Mon imbécile de frangin s'en doute, mais il s'en fiche. Ma petite sœur n'en a cure. Et ma mère... "C'est ta chérie ?", demande-t-elle, inquisitrice, lorsque je suis au téléphone. Mais non, maman, je n'en ai jamais eu et je n'en aurai jamais. Papa et moi sommes justes trop lâches et trop hypocrites pour te le dire.

C'était il y a deux ans. Et je ne sais pas combien de temps ça va durer.

07:05 Publié dans Blablabla | Commentaires (4)

24.06.2009

La victoire est amère

Une nouvelle étape est franchie.

Je suis admissible aux deux autres concours que j'ai passés pour les écoles de journalisme. Je n'ai pas le souvenir d'avoir particulièrement brillé, mais on n'est jamais à l'abri d'un miracle. Seulement, c'est mieux quand les miracles sont collectifs.

Nous étions une quinzaine à préparer ces concours-là ensemble, et j'ai adoré les moments passés avec ces gens drôles, ouverts, intelligents, et doués. Et là, c'est le drame. Ces résultats viennent de placer un fossé entre nous. On n'en avait pas parlé avant, et c'est peut-être pour cela que le malaise est grand. On était parti dans l'idée que nous vivions la même galère, mais c'est comme si j'avais quitté notre radeau de fortune pour un paquebot de luxe (ou le Titanic, qui sait ?). J'ai le sentiment qu'on forme désormais deux groupes distincts : celui qui a réussi et ceux qui vont continuer à galérer.

M'enfin. Si je parviens à être rédac-chef un jour, je sais déjà qui je recruterai...

Chers Consanguins, vous ne me lirez certainement pas, parce que je cultive savamment le secret, mais je voudrais vous dire que je vous aime et que vous êtes merveilleux.

16:05 Publié dans Blablabla | Commentaires (4)

13.06.2009

Des oignons

Dans l'un des tomes de la saga des Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett, l'auteur décrit avec minutie la constitution des oignons, ces trucs immangeables qui font pleurer les honnêtes gens. C'est ainsi que j'appris qu'ils sont composés de plusieurs couches.

Or, je sommeillais paisiblement, lorsqu'une idée soudaine me vint à l'esprit. Malgré mon emploi du temps de ministre surchargé entre les oraux, les écrits et les concours, je décidai d'interrompre ma nuit de sommeil pour ne rien perdre de cette réflexion profonde. Et aussi,parce qu'Internet me manquait. Je ne m'y aventure que contraint et forcé depuis que les épreuves ont commencé. Je redoute de consacrer des heures au divertissement au détriment de l'étude car je ne sais pas respecter les limites de temps que je m'impose. Bref.

L'image d'une paire de Converse m'est apparue.

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Je porte quotidiennement des Converse noires alors ça n'avait rien de fantasmagorique. Mon subconscient m'a toutefois demandé pourquoi je portais des Converse, moi qui tiens tant à me différencier des autres, à marquer mon unicité et à ne pas suivre le troupeau ? Parce qu'il n'y a quand même rien de plus banal que des Converse noires. Dieu seul sait combien de motifs originaux ou affriolants circulent dans le monde et je me contente du classique noir. Pourquoi ?

Et là, ma conscience a rétorqué que je suis tellement spécial que je n'ai pas besoin de marquer ma différence avec mes pieds. Bien au contraire, mon look passe-partout suscite plus encore la surprise et l'étonnement puisque l'on ne s'attend pas à moi. Une personne vêtue d'un débardeur orange, d'un pantalon vert pomme et de Converse jaunes à pois roses sera tout de suite classée parmi les atypiques. Moi, on me range dans la masse pour mieux se rendre compte, a posteriori, que je n'appartiens ni à la masse, ni à la catégorie "atypiques". Un peu prétentieux, hein ? C'est parfait comme ça. Je dormirai mieux ainsi. En sachant que derrière la couche banale se dissimule un esprit qui l'est moins.

 

30.05.2009

Pourquoi je suis sur l'estrade à l'église

Soso l'avait demandé ici, et c'est une demande légitime en fait, parce que c'est dur de tout comprendre si l'on ne sait pas ça.

Le 14 mai 1988, je vins au monde. À l'époque, je ne savais pas encore ce qui m'attendait. Je ne savais pas que j'étais un clandestin sans-papiers. Mais je n'ai jamais eu l'occasion d'expérimenter les centres de détention et les courses effrénées pour échapper à la police parce que mes parents et moi avons été naturalisés quelques mois plus tard, avant même que je ne sache marcher. Ça m'a fait un choc quand j'ai appris que je ne suis pas né Français et que j'ai vu le décret de mes propres yeux. Je me suis toujours reconnu dans le "Nos ancêtres les Gaulois" et les sans-culottes. Je ne ressens pas mes origines du fait de ma filiation ; mes origines sont ici, à Paris, la plus belle ville du monde ♥. Mais là n'est pas le propos. Quand je suis né, je ne savais pas que j'étais un étranger donc, mais ce que j'ignorais surtout, c'est que mon papa était pasteur.

Ma grand-mère voulait que son fils premier-né soit un homme de Dieu. Ça a marché. Heureusement, ils n'étaient pas catholiques, sinon, je ne serais jamais venu au monde. Mais ce qu'il faut saisir ici, c'est l'importance, dans la culture haïtienne, du garçon premier-né. Mon père a une grande sœur, la vraie première-née, mais ce n'est pas un garçon, alors on ne la tue pas, on n'est pas des Chinois, mais on lui apprend la couture, le ménage, la cuisine. Elle va à l'école aussi, elle sait lire, écrire, mais aussi recevoir des invités, dresser une table, faire une lessive. Des trucs de gonzesse, quoi (rires). Mon père, donc, est pasteur. Il épouse ma maman en 1985 et, ô joie, leur premier-né est un garçon. Mon papa est un peu moins dirigiste que ma grand-mère. Il veut juste que son fils premier-né soit quelqu'un qui aime Dieu, ce qui me dispense de toute charge sacerdotale. Bref, c'est "7 à la Maison", sauf qu'on est trois.

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Parce que mon papa est pasteur, je vais à l'église tous les dimanches. Je ne sais pas marcher, alors je dois bien me laisser faire. J'y apprends à être sociable parce qu'il y a plein d'autres enfants, et tout le monde est mon ami. Ce que je ne sais pas, c'est que cette amitié est un brin intéressée. A Haïti, les gens sont agriculteurs. Enfin, ils élèvent des poules qu'ils mangent, et le reste du temps, ils blablatent au soleil ou font des poupées vaudou. Quand ils arrivent en France, qu'ils ne sont pas propriétaires de l'endroit où ils vivent, qu'ils doivent payer des impôts et accepter des emplois pour lesquels ils sont surdiplômés, ils sont frustrés. Ainsi, ma mère, qui avait un diplôme de laborantine made in Haïti se retrouve à faire des ménages. Elle aime pas ça (alors plus tard, elle réussit le concours de la Fonction Publique et elle devient aide-soignante). Tous ces gens frustrés veulent s'élever sur l'échelle sociale. Quand tu parles pas la langue, c'est dur. Alors ils créent ici, en France, des structures où ils trouveront le moyen de s'élever. Ils font des associations, créent des entreprises dans le bâtiment, fondent des églises.

Mon papa a échappé au travers du je-fonde-une-église-pour-avoir-du-pouvoir, mais ce n'est pas le cas partout. C'est pourquoi lorsque l'on se promène vers la Plaine Saint-Denis un dimanche matin, on trouve une église tous les 100 mètres. Quand tu ne parviens pas à avoir une promotion dans une église (diacre, pasteur adjoint, maestro de la chorale, etc.), tu en crées une nouvelle avec une dizaine d'autres frustrés où tu peux d'office prendre le sommet de l'échelle. Ainsi, même si tu n'es que taxi, carreleur, plombier ou maçon le reste de la semaine, tu peux te parer de ton plus beau costume et de la cravate adéquate pour aller à l'église et montrer une certaine réussite. Diriger une église, c'est pas compliqué, hein, tout est écrit dans la Bible, non ? Et c'est comme ça que l'on se retrouve avec des uluberlus qui interdisent aux femmes de porter des pantalons achetés chez Zara parce que dans la Bible, il est écrit : "Les femmes ne porteront pas des vêtements d'hommes et inversement. Tu ne te travestiras pas". Les uluberlus en question n'ont jamais songé au fait que quand ce verset a été rédigé, tout le monde portait des robes. M'enfin.

En tant qu'employé de bureau, mon papa n'a jamais eu la frustration liée au port d'un bleu de travail ou celle que ressent un chauffeur de taxi malmené par ses clients. Quand il a fondé une église vers 1995, c'était avant tout pour faire autrement que les uluberlus sans cervelle. Du coup, l'amitié à mon égard s'est fait de plus en plus intéressée. En étant proche de la famille du pasteur, on est proche de l'élévation sociale. Parce que je suis le fils aîné du pasteur, je suis l'enfant le plus connu et le plus observé de l'église. Un peu comme les enfants Sarkozy, en fait, mais en moins bling-bling dans mon cas. En tant que fils du pasteur, je dois être un exemple visible et reconnu. C'est en partie pour ça que je suis sur l'estrade. En partie, seulement. Parce que mon frère aussi est un fils du pasteur, mais il n'a pas ce privilège. En plus de mes titres de noblesse de naissance, je chante pas trop mal, je dispose de facilités à l'oral et à l'écrit et je souris comme Bree Van de Kamp.

Evidemment, ils ne savent pas que je suis gay. Mon papa le sait, mais mon papa est un peu plus évolué, même si des fois, je me pose des questions. Aujourd'hui, je ne vais plus à l'église parce que je n'ai pas le choix vu que je ne sais pas encore marcher. J'y vais parce que j'en ai envie et que c'est un plaisir. Le fait de cumuler les caractères minoritaires (noir, chrétien, gay) m'a permis d'avoir beaucoup de recul. Je ne lis pas la Bible comme un fondamentaliste et je ne suis pas du genre à interdire aux filles de porter des pantalons, par exemple (ça existe les mecs comme ça). Mon homosexualité m'a mise à l'abri d'éventuelles aventures périlleuses : en tant que fils de pasteur, je suis une proie de choix pour filles en chaleur cherchant époux idéal pour plaire à papa-maman. Comme j'adresse des sourires indifférenciés à tout ce qui bouge, les allumeuses (il y a de tout à l'église) se sont rabattues sur mon frère.

Beaucoup de gens à l'église voudraient me voir succéder à mon papa. Je présente bien, je parle comme il faut et je connais bien ma Bible (ce qui me permet de mettre des baffes aux Christine-Boutinistes). Moi, je refuse tout net. C'est pas un job pour moi. Dans leur inconscient collectif, ils me considèrent comme une sorte de mix entre Martin Luther King, Barack Obama, Harry Roselmack, Audrey Pulvar et Rama Yade. Brrr. Des prédecesseurs si glorieux... Et je suis si jeune ! (Oui, c'est moi le bébé mal sapé. Dédicaces à Lapinette et sa môman.)

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12:54 Publié dans Blablabla | Commentaires (5) | Tags : église, estrade, pasteur, protestant

24.05.2009

Ce matin, un lapin a tué un chasseur

Ce matin, à l'église, j'étais assis sur l'estrade (oui, c'est une longue histoire qui s'étale sur au moins 21 ans), et j'ai eu beaucoup de mal à m'empêcher de rire.

Un invité de marque dégoté je-ne-sais-où s'est lancé dans un témoignage long et fastidieux sur le jour où on lui a tiré dessus à Haïti. Après de nombreuses digressions sur son petit-déjeuner ce matin-là, sur sa vie de taxi, sur sa petite affaire dans les matériaux de construction et l'alimentaire (là, j'ai commencé à pouffer en imaginant les rayons de sa boutique), et sur la nécessité d'apporter des bonbonnes d'eau aux ouvriers d'un chantier, il en est finalement arrivé au moment où de méchantes personnes inconnues lui ont tiré dessus.

"J'étais mort", raconte-t-il. "J'étais déjà là-bas. J'étais parti dans le néant de la voûte infernale du Triangle des Bermudes." Après un quart d'heure de palabres inutiles, cette dernière phrase finit de me convaincre que j'aurais certainement dû en profiter pour somnoler paisiblement. Il ne nous a malheureusement pas expliqué comment il était revenu à la vie, ni où la balle s'était logée dans son corps. A mon humble avis, vu les moyens médicaux dont dispose Haïti et le fait qu'il ne nous a pas montré sa cicatrice, j'ai tendance à croire que le méchant a tiré en l'air et que notre pauvre victime est tombée dans les pommes pendant qu son âme est partie voir du pays.

Je n'ai pas l'habitude de prendre pour parole d'Evangile tout ce qui sort de la bouche d'un mec qui a un micro dans une église, mais là, ça m'a presque achevé. Si ça se trouve, je ne suis qu'un hérétique qui s'ignore, en fait. Bon, vu ce que disent et font les non-hérétiques, je dispose quand même d'une situation enviable.

La voûte infernale du Triangle des Bermudes... Non mais franchement. Et on s'étonne qu'Haïti soit sous-développée...

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21:04 Publié dans Blablabla | Commentaires (6)

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