30.05.2009
Pourquoi je suis sur l'estrade à l'église
Soso l'avait demandé ici, et c'est une demande légitime en fait, parce que c'est dur de tout comprendre si l'on ne sait pas ça.
Le 14 mai 1988, je vins au monde. À l'époque, je ne savais pas encore ce qui m'attendait. Je ne savais pas que j'étais un clandestin sans-papiers. Mais je n'ai jamais eu l'occasion d'expérimenter les centres de détention et les courses effrénées pour échapper à la police parce que mes parents et moi avons été naturalisés quelques mois plus tard, avant même que je ne sache marcher. Ça m'a fait un choc quand j'ai appris que je ne suis pas né Français et que j'ai vu le décret de mes propres yeux. Je me suis toujours reconnu dans le "Nos ancêtres les Gaulois" et les sans-culottes. Je ne ressens pas mes origines du fait de ma filiation ; mes origines sont ici, à Paris, la plus belle ville du monde ♥. Mais là n'est pas le propos. Quand je suis né, je ne savais pas que j'étais un étranger donc, mais ce que j'ignorais surtout, c'est que mon papa était pasteur.
Ma grand-mère voulait que son fils premier-né soit un homme de Dieu. Ça a marché. Heureusement, ils n'étaient pas catholiques, sinon, je ne serais jamais venu au monde. Mais ce qu'il faut saisir ici, c'est l'importance, dans la culture haïtienne, du garçon premier-né. Mon père a une grande sœur, la vraie première-née, mais ce n'est pas un garçon, alors on ne la tue pas, on n'est pas des Chinois, mais on lui apprend la couture, le ménage, la cuisine. Elle va à l'école aussi, elle sait lire, écrire, mais aussi recevoir des invités, dresser une table, faire une lessive. Des trucs de gonzesse, quoi (rires). Mon père, donc, est pasteur. Il épouse ma maman en 1985 et, ô joie, leur premier-né est un garçon. Mon papa est un peu moins dirigiste que ma grand-mère. Il veut juste que son fils premier-né soit quelqu'un qui aime Dieu, ce qui me dispense de toute charge sacerdotale. Bref, c'est "7 à la Maison", sauf qu'on est trois.

Parce que mon papa est pasteur, je vais à l'église tous les dimanches. Je ne sais pas marcher, alors je dois bien me laisser faire. J'y apprends à être sociable parce qu'il y a plein d'autres enfants, et tout le monde est mon ami. Ce que je ne sais pas, c'est que cette amitié est un brin intéressée. A Haïti, les gens sont agriculteurs. Enfin, ils élèvent des poules qu'ils mangent, et le reste du temps, ils blablatent au soleil ou font des poupées vaudou. Quand ils arrivent en France, qu'ils ne sont pas propriétaires de l'endroit où ils vivent, qu'ils doivent payer des impôts et accepter des emplois pour lesquels ils sont surdiplômés, ils sont frustrés. Ainsi, ma mère, qui avait un diplôme de laborantine made in Haïti se retrouve à faire des ménages. Elle aime pas ça (alors plus tard, elle réussit le concours de la Fonction Publique et elle devient aide-soignante). Tous ces gens frustrés veulent s'élever sur l'échelle sociale. Quand tu parles pas la langue, c'est dur. Alors ils créent ici, en France, des structures où ils trouveront le moyen de s'élever. Ils font des associations, créent des entreprises dans le bâtiment, fondent des églises.
Mon papa a échappé au travers du je-fonde-une-église-pour-avoir-du-pouvoir, mais ce n'est pas le cas partout. C'est pourquoi lorsque l'on se promène vers la Plaine Saint-Denis un dimanche matin, on trouve une église tous les 100 mètres. Quand tu ne parviens pas à avoir une promotion dans une église (diacre, pasteur adjoint, maestro de la chorale, etc.), tu en crées une nouvelle avec une dizaine d'autres frustrés où tu peux d'office prendre le sommet de l'échelle. Ainsi, même si tu n'es que taxi, carreleur, plombier ou maçon le reste de la semaine, tu peux te parer de ton plus beau costume et de la cravate adéquate pour aller à l'église et montrer une certaine réussite. Diriger une église, c'est pas compliqué, hein, tout est écrit dans la Bible, non ? Et c'est comme ça que l'on se retrouve avec des uluberlus qui interdisent aux femmes de porter des pantalons achetés chez Zara parce que dans la Bible, il est écrit : "Les femmes ne porteront pas des vêtements d'hommes et inversement. Tu ne te travestiras pas". Les uluberlus en question n'ont jamais songé au fait que quand ce verset a été rédigé, tout le monde portait des robes. M'enfin.
En tant qu'employé de bureau, mon papa n'a jamais eu la frustration liée au port d'un bleu de travail ou celle que ressent un chauffeur de taxi malmené par ses clients. Quand il a fondé une église vers 1995, c'était avant tout pour faire autrement que les uluberlus sans cervelle. Du coup, l'amitié à mon égard s'est fait de plus en plus intéressée. En étant proche de la famille du pasteur, on est proche de l'élévation sociale. Parce que je suis le fils aîné du pasteur, je suis l'enfant le plus connu et le plus observé de l'église. Un peu comme les enfants Sarkozy, en fait, mais en moins bling-bling dans mon cas. En tant que fils du pasteur, je dois être un exemple visible et reconnu. C'est en partie pour ça que je suis sur l'estrade. En partie, seulement. Parce que mon frère aussi est un fils du pasteur, mais il n'a pas ce privilège. En plus de mes titres de noblesse de naissance, je chante pas trop mal, je dispose de facilités à l'oral et à l'écrit et je souris comme Bree Van de Kamp.
Evidemment, ils ne savent pas que je suis gay. Mon papa le sait, mais mon papa est un peu plus évolué, même si des fois, je me pose des questions. Aujourd'hui, je ne vais plus à l'église parce que je n'ai pas le choix vu que je ne sais pas encore marcher. J'y vais parce que j'en ai envie et que c'est un plaisir. Le fait de cumuler les caractères minoritaires (noir, chrétien, gay) m'a permis d'avoir beaucoup de recul. Je ne lis pas la Bible comme un fondamentaliste et je ne suis pas du genre à interdire aux filles de porter des pantalons, par exemple (ça existe les mecs comme ça). Mon homosexualité m'a mise à l'abri d'éventuelles aventures périlleuses : en tant que fils de pasteur, je suis une proie de choix pour filles en chaleur cherchant époux idéal pour plaire à papa-maman. Comme j'adresse des sourires indifférenciés à tout ce qui bouge, les allumeuses (il y a de tout à l'église) se sont rabattues sur mon frère.
Beaucoup de gens à l'église voudraient me voir succéder à mon papa. Je présente bien, je parle comme il faut et je connais bien ma Bible (ce qui me permet de mettre des baffes aux Christine-Boutinistes). Moi, je refuse tout net. C'est pas un job pour moi. Dans leur inconscient collectif, ils me considèrent comme une sorte de mix entre Martin Luther King, Barack Obama, Harry Roselmack, Audrey Pulvar et Rama Yade. Brrr. Des prédecesseurs si glorieux... Et je suis si jeune ! (Oui, c'est moi le bébé mal sapé. Dédicaces à Lapinette et sa môman.)





12:54 Publié dans Blablabla | Commentaires (5) | Tags : église, estrade, pasteur, protestant
27.05.2009
Oui mais non mais même
Les résultats sont tombés hier. En un rien de temps (le temps de chargement du PDF, quoi), j'étais fixé. Je n'étais pas parmi les heureux élus. Je n'ai même pas pleuré. Juste une pointe de déception dans la voix. Il faut dire que je venais de blablater avec Paul Amar, alors j'étais content. Après ça, je l'étais moins, mais ce n'était rien par rapport à la frustration suscitée par mes notes.
Le concours est en deux étapes :
- 1. Tu passes les écrits (avec 2000 autres glandus). Si tu as au moins 10, tu peux passer à la deuxième étape.
- 2. Tu passes l'oral (avec 500 autres glandus). Tu es noté avec des lettres : A, B et C.
J'ai donc réussi les écrits. Youpi, tralala boum-boum. Mais on ne me donne pas mes notes à ce moment-là ; elles ne me seront dévoilées qu'après les résultats de l'oral. En revanche, ceux qui n'ont pas réussi les écrits (soit 1500 glandus) ont leurs notes. Pour eux, l'aventure s'arrête ici, écrivé-je avec ma voix de Denis, le présentateur de Koh-Lanta.
J'ai donc passé l'oral. Assez optimiste à la sortie, parce qu'on a bien rigolé, même si je me suis demandé pourquoi (dilemme : suis-je drôle ou suis-je con ?).
Hier, donc, les résultats sont arrivés. Avec les notes. J'ai assuré un 10 virgule quèque chose à l'écrit, et j'ai eu un A à l'oral. Trop bien ! Mais alors, pourquoi ne suis-je pas admis ?
Parce que là, ça veut dire que j'ai réussi la dernière étape, que je suis arrivé au bout de la course, mais que j'ai beau avoir un A, ça ne suffit pas. J'étais un peu perturbé, alors j'en ai parlé avec l'Incarnation du Directeur de Sciences Po Dans Ma Tête.
- Bonjour. Je comprends pas. J'ai eu un A. Et je suis pas admis ?
- Oui mais non mais même.
- Attendez, là. On peut pas avoir de meilleure note que ça à l'oral mais je suis pas admis quand même ?
- Oui mais non mais même.
- Non mais, j'ai passé l'oral pour rien en fait ?
- Oui mais non mais même.
- J'aurais pu hurler sur le jury et rôter et manger des chips en répondant au téléphone tout en mâchant du chewing-gum, le résultat serait le même ? Que j'aie un A ou un C, le résultat est identique ?
- Oui mais non mais même (quoique le mélange chewing-gum/chips, bof).
- Pourquoi m'avoir fait passer l'oral si on me refuse l'admission quelle que soit l'issue de l'oral ?
- Oui mais non mais même.
- Grrr. Je vais écrire au Directeur et tu vas comprendre ta douleur, saleté d'Incarnation !
- Oui mais non mais même.
J'ai donc écrit une lettre au Directeur. Pas pour contester la décision, juste pour comprendre. Je comprends que quand on a 15 virgule quèque chose à l'écrit et un A à l'oral, ben, ça passe comme une lettre à la Poste. Mais alors pourquoi faire croire à celui qui a 10 virgule quèque chose (moi) qu'il a ses chances si en réalité il n'en a aucune même s'il s'en sort bien ? Frustrated.
Je baisse pas les bras, parce que mine de rien, j'ai des partiels et d'autres concours qui approchent à grands pas, mais j'ai des envies de meurtre. Et j'ai envie de pleurer aussi, parce que c'est trop injuste et que je ne comprends pas.
18:51 Publié dans Hein ? | Commentaires (8) | Tags : oui mais non mais même, sciences po, master, admissions
24.05.2009
Ce matin, un lapin a tué un chasseur
Ce matin, à l'église, j'étais assis sur l'estrade (oui, c'est une longue histoire qui s'étale sur au moins 21 ans), et j'ai eu beaucoup de mal à m'empêcher de rire.
Un invité de marque dégoté je-ne-sais-où s'est lancé dans un témoignage long et fastidieux sur le jour où on lui a tiré dessus à Haïti. Après de nombreuses digressions sur son petit-déjeuner ce matin-là, sur sa vie de taxi, sur sa petite affaire dans les matériaux de construction et l'alimentaire (là, j'ai commencé à pouffer en imaginant les rayons de sa boutique), et sur la nécessité d'apporter des bonbonnes d'eau aux ouvriers d'un chantier, il en est finalement arrivé au moment où de méchantes personnes inconnues lui ont tiré dessus.
"J'étais mort", raconte-t-il. "J'étais déjà là-bas. J'étais parti dans le néant de la voûte infernale du Triangle des Bermudes." Après un quart d'heure de palabres inutiles, cette dernière phrase finit de me convaincre que j'aurais certainement dû en profiter pour somnoler paisiblement. Il ne nous a malheureusement pas expliqué comment il était revenu à la vie, ni où la balle s'était logée dans son corps. A mon humble avis, vu les moyens médicaux dont dispose Haïti et le fait qu'il ne nous a pas montré sa cicatrice, j'ai tendance à croire que le méchant a tiré en l'air et que notre pauvre victime est tombée dans les pommes pendant qu son âme est partie voir du pays.
Je n'ai pas l'habitude de prendre pour parole d'Evangile tout ce qui sort de la bouche d'un mec qui a un micro dans une église, mais là, ça m'a presque achevé. Si ça se trouve, je ne suis qu'un hérétique qui s'ignore, en fait. Bon, vu ce que disent et font les non-hérétiques, je dispose quand même d'une situation enviable.
La voûte infernale du Triangle des Bermudes... Non mais franchement. Et on s'étonne qu'Haïti soit sous-développée...

21:04 Publié dans Blablabla | Commentaires (6)
21.05.2009
Bon courage chouchou
Ce qui me turlupine le plus là-dedans, ce n'est pas le "Bon courage, Chouchou", parce que j'ai déjà vu ça dans Un Gars, Une Fille. Non, c'est plutôt la surenchère de gestes tendres et câlins. Et vas-y que j'te prends la main, que j'te la caresse. Et vas-y que je pose ma main sur ton épaule, sur ta cuisse. Ne pas arriver à se tenir pendant 2 minutes et 12 secondes, c'est quand même bizarre. De chauds lapins en rut émoustillés par l'arrivée de l'été ? Des adolescents attardés qui ne peuvent s'empêcher de jouer à touche-pipi ? Qu'est-ce que ça doit être quand ils sont tous les deux à l'arrière d'une voiture aux vitres teintées. Ils sont pas nets.
11:19 Publié dans Blablabla, Hihihi, Houhou♥ | Commentaires (5) | Tags : bon courage chouchou, nicolas sarkozy, carla bruni
20.05.2009
What else ?
Puisque Cracotte m'y force un peu, je continue les révélations tonitruantes sur mon humble personne.
- 26. Y a des jours où j'ai envie de vivre dans une cabane en bois.
- 27. Le dernier épisode de la saison 5 de Desperate Housewives me laisse baveur en attendant la suite.
- 28. Enfant et enfulte, je pensais quitter le nid familial à 18 ans. Maintenant que j'en ai 21 et que je suis toujours dans le nid, je me rends compte que les nids, c'est payant.
- 29. Par convention, quand je suis perdu, je vais à droite.
- 30. Dans le tiroir comme sur la table, les fourchettes à gauche, les couteaux à droite et les cuillères au milieu.
- 31. Je ne parviens pas à réviser avant le dernier moment.
- 32. Ces derniers temps, j'écoute en boucle l'album de Beyoncé, I am... Sasha Fierce. A ma grande surprise, Sasha et moi avons de nombreux points communs, notamment Ego.
- 33. J'ai 21 ans et je ne suis peut-être jamais tombé amoureux.
- 34. J'espère avoir l'esprit apaisé quand j'en aurai fini avec l'écriture de mon bouquin (pour info', là, j'en suis à la dédicace au début, mais je sais pas encore ce qui va suivre).
- 35. J'ai furieusement envie d'aller m'allonger au soleil avec un bouquin.
- 36. Quand je sors de chez moi, je mets toujours mon téléphone dans la poche gauche, mes clés et mon passe Navigo dans la poche droite. Ce sont mes armes indispensables sans lesquelles je ne franchis pas le seuil de la maison, même pour promener le chien.
- 37. En fait, il y a aussi une paire de ciseaux à portée de main dans mon sac. Au cas où.
- 38. J'ai bien envie d'être à la retraite, tiens.
- 39. En plus de mes armes indispensables et de mes ciseaux, j'emporte également un appareil photo. On ne sait jamais quel événement ou quel truc bizarre peut se produire.
- 40. Je trouve que les artistes sont des gens bizarres. Photographiables donc.
- 41. Je me suis fait tout plein de nouveaux amis sur Facebook. Maintenant que l'année est finie, c'est le seul moyen qu'il me reste de rester en contact avec des gens que je ne souhaite pas contacter.
- 42. Dans le troisième tome de Millénium, Lisbeth Salander énonce une réflexion très pertinente : on a beau être pudique, discret et réservé, on peut raconter sa vie à n'importe qui sur Internet.
- 43. C'est super d'avoir une webcam. C'est nul de ne pas pouvoir s'enregistrer en faisant des grimaces.
- 44. Là, il est 16:03. J'ai envie de Nutella.
- 45. Je déteste cette période de l'année. Oh, il fait beau, le ciel est bleu, les oiseaux chantent, tout ça tout ça. Seulement, je ne parviens pas à me départir de l'idée que tout cela n'est que temporaire. Que la tension et l'angoisse liées aux examens sont passagère
s et que c'est juste un long moment à passer. Mais une fois qu'il est passé, c'est le retour de la pluie.
- 46. Quand j'étais petit, j'étais amoureux de Philippe des 2Be3. J'étais petit, hein. Violemment arrachée à la délicate pudeur d'Hélène et les Garçons, ma génération a été subitement plongée dans un monde de débauche où il était question d'étaler sa chair devant les photographes.
- 47. J'ai lu dans un livre pseudo-intellectualo-médical que l'homosexualité était une pathologie. Je crois que c'est ce que mon père a pensé pendant un moment, mais j'espère qu'il en est revenu. J'ai parfois le sentiment que l'on considère les pédés comme on regardait les Noirs il y a quelques siècles. On retrouve les mêmes thématiques : la tolérance, la défiance, la crainte d'une menace et d'une dilution des valeurs, un combat pour la reconnaissance et l'égalité. A la différence près que les nègres n'avaient pas à faire de coming-out.
- 48. J'ai un peu de mal avec le pavé tactile. Mais les souris fonctionnent-elles sur les lits ?
- 49. Je suis un grand fan de faits divers sanglants, lugubres, de mauvais goût et/ou salaces. Exemple : j'ai éclaté de rire en apprenant que deux bandes de d'jeuns se sont battus à coup de Vélib'.
- 50. Quand je tape sans regarder le clavier, je me fais l'impression d'être un geek.
16:26 Publié dans Blablabla | Commentaires (2) | Tags : chaîne, cracotte, secret, 25 choses sur moi
Muet
Depuis dimanche, je traîne un mal de gorge un peu bizarre. Ce n'est pas douloureux, juste gênant. Alors quand je me suis levé ce matin et que j'avais plus de voix, je me suis dit que j'aurais peut-être dû consulter.
Je ne suis pas fan' de ma voix. Je lui trouve des relents d'accent folle-bourgeoise (d'ailleurs, aux Etats-Unis, on m'a dit que je n'avais pas l'accent français, mais l'accent gay, humpf). Je ne l'aime que quand je chante. J'ai du mal à évaluer l'étendue de ma tessiture, mais ça descend bas et ça monte plutôt haut. Cela, grâce à un travail acharné dès l'âge de 10 ans. Craignant la mue qui me ferait perdre mes aigus criards et perçants, je travaillais sur mes cordes vocales en sorte qu'aucune note ne me devienne inaccessible à cause de la puberté. Les débuts furent douloureux et pénibles. Ne plus être en mesure d'exercer de contrôle sur sa propre voix, c'est frustrant. J'avais presque peur d'ouvrir la bouche, ne sachant jamais quel son en sortirait. Heureusement, les efforts payèrent et je dispose aujourd'hui d'un large éventail de tonalités chantables.
A la panique première succèda l'attrait pour la nouveauté. Tiens, et si je devenais muet pour toujours ? Est-ce qu'on peut être journaliste et muet ? Est-ce qu'on peut faire des blagues sans parler ? Et passer des examens oraux ? Ne serait-il pas tragique de finir comme la Petite Sirène de Walt Disney, moi qui l'ai toujours considérée comme mon personnage préféré des chefs-d'œuvre Disney ?
Et finalement, sous la douche, l'action conjointe du jet d'eau chaude et de la pression musicale qui pèse sur chaque individu à cet endroit, ma voix revint, un peu erraillée, mais bel et bien vivante. Si je n'ai pas les concours cette année, je pourrai toujours passer la Nouvelle Star l'an prochain.
11:45 Publié dans Blablabla | Commentaires (0) | Tags : muet, aphone, perdre sa voix
14.05.2009
Un fraisier, siouplaît
Quand c'est mon anniversaire, j'aime bien manger des fraisiers. Là, il est encore trop tôt pour que ma maman en achète alors je me contente de Nutella et d'une bougie pour indiquer mon âge mental sur Facebook :
00:47 Publié dans Blablabla | Commentaires (5) | Tags : anniversaire, fraisier, nutella, 21 ans
11.05.2009
Tu en où du permis ?
A l'approche de mon anniversaire, la question revient, lancinante et perturbante : Alors, tu en es où du permis ?
Si je m'écoutais, je devrais raconter à tout le monde que Clémentine et moi, alors que nous étions encore en CE2, nous avions décidé de ne jamais conduire de voiture pour sauver la nature et notamment les arbres de la cour de récréation. Elle et moi avions déjà une conscience écologique très développée et nous voyions dans les pots d'échappement des poignards et des pistolets braqués sur Dame Nature. Mon amour pour Paris n'ayant cessé de croître avec les années, je fus bientôt convaincu qu'il n'était nul besoin de disposer d'un véhicule : on peut aller partout en métro' ou en bus. Et là, c'est le drame. Nous émigrâmes en banlieue, parce que la surface des appartements n'augmente pas avec le nombre d'enfants.
En banlieue, tout est loin. Paris. La gare. La boulangerie. La pharmacie. Le supermarché. L'école. Les journées sans voiture, ça me fait bien rire : quand le bus ne passe qu'une fois par heure et que tu vis à vingt minutes à pied de la gare (cinq minutes en voiture), tu prends ta voiture. Et le soir, en rentrant, tu vas au supermarché en voiture aussi parce que rien n'est juste en bas de chez toi. Tu as mauvaise conscience pour Dame Nature, mais tu sais aussi que tes pieds ne supporteraient pas la distance et que porter des sacs remplis de Nutella et de bouteilles d'Oasis pendant vingt minutes (je n'ai aucune notion des distances alors je mesure tout en temps), ça te rendrait bossu en un mois. Alors tu conduis.
Dieu merci, j'ai jusque là été préservé de toucher au volant : mon don pour les relations humaines m'a permis de toujours avoir un chauffeur à disposition pour pas un sou. Et puis, à Paris, la voiture est plus une malédiction qu'autre chose. Trouver une place est un cauchemar auquel je réponds par le rêve du passe Navigo. Son "biip" sans cesse renouvelé à chaque borne m'emplit d'une joie étrange. Comme si je disposais d'une clé capable d'ouvrir toutes les portes à serrure violette.
Et puis, les concours sont arrivés. Plusieurs écoles exigent de leurs étudiants qu'ils soient mobiles et qu'ils aient donc le permis de conduire. Je suis opposé à cette conception ancestrale qui veut que sans calèche, on est amorphe. Je suis sûr qu'en partant de la BNF, on arrive plus vite à Saint-Lazare avec la ligne 14 qu'en voiture. Mais bon, ces mêmes écoles exigent aussi que l'on fasse des stages dans des rédactions en province, alors j'imagine que dans ces contrées où la motorisation n'a pas encore pénétré, il est impératif de disposer d'un 4x4 et d'un pare-choc à toute épreuve.

Je me suis donc inscrit dans une auto-école grand public, qui brasse des centaines d'étudiants chaque semaine. S'il y a autant de monde, c'est que ça ne doit pas être si mauvais que ça, hein. La première fois, j'ai fait une douzaine de fautes. Aujourd'hui, j'oscille entre 3 et 8. Un yo-yo qui a tendance à me démoraliser au point que je démissionne parfois pendant plusieurs semaines. Mais comme j'ai payé de ma propre poche, je n'ai pas l'intention de lâcher le morceau. Y a intérêt à ce que j'aie le permis d'ici la fin de mon contrat. Je ne suis pas du genre à dépenser DEUX fortunes dans quelque chose d'aussi trivial. D'autant plus que même armé d'un permis, je ne crois pas que je tâterai souvent du volant. Je préfère défintivement le métro'. On rencontre du monde. Assis ou debout, on n'a pas à se préoccuper de ce qui se passe sur la route. Oui, il y a parfois des problèmes sur les lignes, mais les bouchons, eux, c'est quotidien. Quand on rentre du travail épuisé, il est certainement plus reposant de s'installer à une place prioritaire en fermant les yeux (pour ne pas voir d'éventuelles personnes vraiment prioritaires qui auraient vraiment besoin de la place) que de prendre le volant en somnolant et en dodelinant de la tête, tout en klaxonnant l'imbécile heureux qui a eu son permis dans une pochette surprise.
Les transports, c'est bien. Mangez-en.

21:37 Publié dans Hein ? | Commentaires (2) | Tags : permis de conduire, auto-école, cours de code
08.05.2009
Il s'ennuie
Et pourtant, il ne devrait pas. Il a une vie pleine de rebondissements. Au coin des rues, il retrouve des amis perdus de vue. Sur Internet, de vieilles connaissances cherchent à renouer le contact. Il a un ordinateur portable flambant neuf. Il est invité à sortir quasiment tous les soirs et il doit refuser les sollicitations. Il a de quoi s'occuper l'esprit avec des examens qui approchent plus vite qu'il ne le croit, des dissertations et des essais à rédiger, et une petite pièce de théâtre d'ici la fin de l'année aussi. Il découvre de nouvelles chansons tous les jours. Il parcourt l'actualité. Il lit des bouquins qu'il apprécie. Il a des amis fidèles et sincères. Il a des DVD qui attendent patiemment mais avec un peu de fébrilité tout de même d'être dévêtus de leur emballage plastique. Ses relations sont au beau fixe avec les membres de sa famille. Depuis l'Evénement n°17, il se trouve plutôt pas mal (ben ouais quand même). Alors, pourquoi s'ennuie-t-il autant ?
Il ne sait pas trop de quoi il a envie. Enfin, si, il sait, mais... Mais. Il a des mots sur le cœur, et il ne sait pas s'il parviendra à les coucher sur le papier ou sur le clavier un jour. Ils sont là, il les sent le matin, quand il est à peine conscient et que des phrases se forment dans son esprit embrumé. Des phrases dont la partie éveillée de sa personne ignore le sens. Il aimerait être agent secret pour être aux prises avec des problèmes qui lui demanderont toute son énergie et pour sortir de l'ordinaire à chaque instant. Pour apprendre de nouvelles choses tous les jours. Il aimerait renouer avec certaines personnes. Celles qui ne chercheront jamais à renouer avec lui. Il aimerait prendre conscience des enjeux de ces examens qui garantissent finalement que... Qu'il est capable d'en passer d'autres. Il aimerait partir en voyage à San Francisco mais il n'a pas un sou. Alors il aimerait travailler pour partir en voyage, mais il n'a pas le temps de travailler. Alors que va-t-il faire ?
Il ira au cinéma demain matin, et il en saura plus sur Let's Make Money. (D'ailleurs, il trouve que "Orient-Express", ça donne un côté Hercule-Poirot-Agatha-Christie.) Il déjeunera il ne sait pas encore trop où mais il se promènera certainement s'il en a l'occasion. Ensuite, il ira en cours. Il sera plein d'humour. Il écoutera les conseils des intervenants. Il posera des questions. Il aura l'air intéressé, motivé. Il trouvera une excuse de dernière minute pour ne pas avoir à aller chez les Bourgeois, surtout qu'il a une dissertation et une pièce de théâtre à écrire et qu'il sera tanné et qu'il n'aura même pas de déguisement. Il ne sait pas pourquoi les Bourgeois aiment tant les déguisements, l'alcool et les stupéfiants. En quantité assez raisonnable pour que personne ne meure d'overdose, évidemment, mais quand même. A son avis, les déguisements, c'est pour oublier qui ils sont. L'alcool et les stupéfiants pour croire qu'ils sont heureux. Lui, il n'a pas besoin de cela. Ou plutôt, ça n'aurait aucun effet sur lui. Même avec un déguisement, il a parfaitement conscience de qui il est. Et il n'a pas besoin d'alcool ou de stupéfiants pour être heureux.
Parce que mine de rien, il est heureux. Il sourit quand il regarde le soleil ou quand il voit un nuage bizarre. Quand il tombe sur une étrange coïncidence. Quand il voit un enfant. Quand il tombe sur une caissière morose et acariâtre. Quand son iPod lui fait écouter un morceau correspondant exactement à la situation dans laquelle il se trouve (exemple : Survivor quand il s'aventure en zone 6 de la tarification des transports en commun). Quand il voit quelqu'un courir pour attraper le train. Quand il voit un pigeon. Quand il voit une personne lire un livre qu'il a lui-même déjà lu. Quand il passe devant un endroit chargé de souvenirs du passé. Quand il oublie ce qui ne va pas pour voir qu'ici et maintenant, tout est bien.
23:52 Publié dans Blablabla | Commentaires (2) | Tags : ennui, nouveautés, attente, calme avant la tempête
04.05.2009
"Je suivrais ces larges épaules jusqu'au bout du monde"
Je devais avoir une douzaine d'années quand je suis tombé dessus. Un roman de poche, de la série "Rose et Noir", intitulé : Cours dans la nuit. Un chef-d'œuvre de la littérature en partant du bas. L'histoire ? Summer, une ancienne mannequin reconvertie en technicienne de surface est enlevée de nuit alors qu'elle travaillait dans un funérarium. Steve Calhoun, son ravisseur, un homme au visage tuméfié mais au torse puissant et au regard mystérieux, est un ancien policier sur la piste d'une affaire particulièrement compliquée. Après des péripéties d'un intérêt immense, ils finissent par tomber amoureux en un week-end (mais comme ils sont ensemble 24h/24, c'est normal) et par mettre un terme aux activités illicites des méchants.
Dans l'intervalle, Summer pense, et le narrateur nous livre le détail de ses profondes réflexions. Alors qu'ils marchent dans les bois et que Summer est fatiguée, prête à abandonner, un regain de vigueur s'empare d'elle lorsqu'elle contemple le dos de Steve. C'est là qu'elle glisse une réplique culte : "Je suivrais ces larges épaules jusqu'au bout du monde". Une phrase débile qui me vient parfois à l'esprit lorsque dans les couloirs du métro' ou du RER, je tombe sur un Mr. Big. Et moi, qui d'ordinaire avance plus vite que la lumière pour sentir le vent dans mes cheveux (ahem), je ralentis alors l'allure et je fais de petits pas en bavant niaisement sur ces "larges épaules" qui me devancent. La faute à Summer.
C'est ce que je me suis dit l'autre jour. Sauf que là, les "larges épaules" en question avaient un atout indéniable : leur propriétaire chantait. Dans les couloirs du métro'. Et pas pour avoir des pièces, non, juste pour chanter en allant d'une ligne à l'autre. J'étais ébloui, émerveillé. La voix m'importait peu, le simple fait qu'il chantât alors qu'il descendait l'escalator suffit à le rendre parfait à mes yeux.
Des fois, je suis une Summer. Je ne sais pas s'il vaut mieux être une Lisbeth.
00:43 Publié dans Blablabla | Commentaires (0) | Tags : je suivrais ces larges épaules jusqu'au bout du monde, arlequin, eau de rose, roman, steve calhoun, rose et noir, cours dans la nuit


