26.03.2009
Mon bestiaire
Certains collectionnent les timbres ou les fourmis.
Moi, j'ai des amis en plastique.
Là, ci-contre, c'est Prada au Starbucks, à Chicago. Elle est née au cours de l'été 2007 à Poissy, dans les Yvelines. J'ai décroché mon premier job d'été là-bas, avec mon meilleur ami, ce qui a contribué à nous rapprocher plus encore. Nous travaillions pour AIS où nous étions chargés de l'éditique. Derrière ce gros mot se cachent des tâches ingrates. Imprimer les courriers aux clients en recherchant leurs noms dans la base de données. Ensuite, mise sous pli et affranchissement. C'était long. Mais au fil des semaines, notre vélocité n'a cessé de croître. On avait fini bien avant l'heure, alors on nous confiait d'autres taches ingrates. Ranger les archives. Les indexer aussi. J'ai dû faire l'inventaire des cartons de toute la salle avant qu'ils ne soient redirigés vers un centre d'archives. Heureusement, nous étions un binôme compatible. Nous nous entendons à merveille et cet été a été le plus heureux de toute mon existence, parce qu'en plus de me faire de l'argent toutes les semaines, je rigolais tous les jours. Au grand dam de nos collègues parfois. Il y avait Hugh Grant, un boulet qui se prenait pour un beau gosse et qui roulait des mécaniques devant nous. Il a été la raison de pas mal de fous rires. Ah, le bon vieux temps... Pendant les temps creux où nous croulions sous l'ennui, nous avons mis à l'œuvre nos dons créatifs pour donner naissance à Prada et à ses frères et sœurs, assemblages des gobelets de la fontaine à eau. C'est ainsi que naquit Prada. Elle m'accompagne dans tous mes voyages et dispose d'un profil Facebook à elle toute seule.
Il y a aussi Elmer l'éléphant multicolore et Du Bist Nett, le vilain petit canard noir. Le premier est un cadeau d'anniversaire. À l'origine, c'était un porte-clés, mais l'éléphant en avait marre d'être accroché et désormais, il est indépendant et capricieux. Initialement à l'abri dans ma trousse, il en refuse le doux ombrage pour se balader sur les tables. Il ne veut plus y rentrer, et je dois donc le laisser dehors, parce que sinon, il étoufferait. Il a donc passé le concours de Sciences-Po avec moi et il est souvent présent sur les tables où j'écris, parce que compter ses carreaux m'évite la somnolence profonde. Et puis, je peux faire mumuse aussi.
Et Du Bist Nett est la plus récente arrivée dans ma petite ménagerie. Tout droit arrivé de Berlin, il évoque un sextoy, mais ce n'est qu'un joujou pour le bain. Pour l'instant, il n'a pas encore vu une seule goutte d'eau, mais quand je m'ennuie de trop, je le sors de mon sac, et hop, on joue au matelot. Il s'appelle Du Bist Nett pour des raisons étranges que je ne peux relater ici, parce que Maman Mia-mia ne veut pas qu'on dise à tout le monde qu'après avoir un peu trop bu, elle s'est affichée en soirée en disant à un Irlandais trop mignon : "T'es gentil !" alors qu'il venait juste de lui dire : "Tu es trop belle", et qu'après, il ne l'a jamais rappelée. Oups. Je l'ai dit. Mais je suis anonyme de toute façon. Même si je suis le seul à pouvoir écrire des choses pareilles.
20:37 Publié dans Blablabla | Commentaires (2) | Tags : prada, elmer, du bist nett
22.03.2009
500 secondes chrono'
« Écrire un article relatant ce que vous feriez s'il vous restait 500 euros et 500 secondes à vivre. Vous avez carte blanche, que ce soit en 500 mots ou en 500 lignes, laissez libre court à votre imagination. »
Hum. Merci christophe. Je devais faire un commentaire sur l'article de Bourdieu, L'opinion publique n'existe pas, mais je préfère ça.
Déjà, je perds quelques secondes à essayer de calculer combien ça donne en minutes 500 secondes. Je cogite et découvre qu'il me reste moins de 8 minutes à vivre. Je jette les 500€ par terre, puisque de toute façon, je suis à 10 minutes de la civilisation. Là, je réfléchis au lieu où j'aimerais mourir. Le lit, trop banal. Le toit, trop périlleux. Le jardin, trop plein de bestioles, quoique c'est là que j'ai enterré les écouteurs de mon iPod qui ne marchaient plus. J'ai toujours eu peur de mourir seul, alors je crois que je ferai en sorte de me réfugier dans les bras d'un être aimé. Pas la famille, ça fait trop tragique, genre maison des Atrides. J'essaie de trouver qui, mais ça veut pas venir.
En attendant, je vais sur Facebook et j'indique "je suis mort" dans mon pseudo. J'écris également un article de quelques mots sur ce blog : "Adieu. Je vous aime." et je laisse quelques indications sur comment trouver le fichier où j'ai inscrit mes dernières volontés. Puis, je m'aventure dehors et je pousse un grand cri vers le ciel.
Je trouve dans les bras de qui je veux mourir. Ça tombe bien, parce qu'il me reste moins de deux minutes. Je sonne chez les voisins d'en face. Leur deuxième fils, âgé d'une dix-septaine d'années et dont j'ignore le nom, est beau, athlétique et gentil, et je trouve que ça ferait une très belle image de mourir dans ses bras, sur le perron. Après avoir vu le film de ma vie, les spectateurs seront plutôt satisfaits de cette fin. Parce que moi qui suis en perpétuel mouvement, même quand je dors, que je m'arrête devant cet endroit où je passe tous les jours sans jamais m'arrêter, c'est très symbolique. Je sonne, donc. Il ouvre, et j'entoure son cou de mes bras en aspergeant ses joues de mes larmes, tout en humant son parfum et l'odeur de ses cheveux. Il ne sait pas trop quoi faire, mais il n'ose pas me repousser parce qu'il voit bien que je ne suis pas dans mon état normal.
Là, je lui murmure un truc débile à l'oreille, qui le poursuivra certainement toute sa vie : "Supercalifragilisticexpialidocious !", et je meurs.
Et là, juste avant le générique de fin, cet écran apparaît :
"Les 500€ retrouvés sur le sol de sa chambre furent déposés au Bureau des Objets Trouvés, conformément à ses dernières volontés. Elmer fut racheté par le zoo de Vincennes et la jeune Prada devint la mascotte de la chaîne Starbucks Coffee. Du Bist Nett, le canard, trôna aux toilettes de l'Imprévu Café, et Ryan fut enterré avec Orange Presslé, son bien-aimé porte-clé envoyé par Oasis Corporation."
Oh, "et il infligea le même sujet de réflexion à Soso, Flo et Cracotte."
16:16 Publié dans Hein ? | Commentaires (4)
19.03.2009
In a big big world
Il y a quelques semaines de cela, j'évoquais le souvenir de cet ami du collège qui était gay. Mais ça, je ne l'ai su que très récemment. Et là, c'est l'avalanche des choses que je n'apprends que très récemment.
J'ai validé mon premier semestre.
N. est gay.
Y. aussi.
Mon premier semestre, on s'en fiche, à la limite. Ma plus basse note, c'est un 10 dans une matière honnie par tous. Et pour les autres notes, ça monte jusqu'à 18. Ce qui me fait 13,5 de moyenne ou un truc dans le genre. Mention Assez Bien. Yay.
Pour N., ce n'est pas un choc, parce que je ne l'ai jamais beaucoup apprécié. Il était hypocrite et superficiel, alors nos relations en sont restées à bonjour-au-revoir. Je l'ai connu pendant mon année de prépa' post-bac, et comme moi, il a enchaîné après sur une fac' de droit. Tiens, faudra que j'aille regarder le panneau pour voir ses résultats.
En fait, une amie a fini par me convaincre que de nos jours, s'inscrire sur un site de rencontres, c'est comme sortir. Je ne vais jamais en boîte parce que les lieux confinés où tu te fais reluquer, ça fait un peu cabine privée de la rue Saint-Denis. Et puis, elle avait raison. Le célibat, à la longue, ça peut devenir pesant. Voire mauvais pour la santé. D'ailleurs, hier soir encore, j'avais décidé de renoncer définitivement à toute
forme de vie amoureuse.
Bref, je m'inscris, sans mettre trop de détails, parce que je ne tiens pas à ce qu'on m'aborde. J'aime beaucoup la position d'observateur extérieur. Et c'est ce que je fais. Et là, pouf. Je tombe sur le profil de N. N. m'avait toujours paru distant, froid, calculateur. Un peu comme Mark Saint-James dans Ugly Betty. Et puis, il était du genre à sortir des inepties : "Mais Assas, c'est de la merde. Je suis allé aux States, et là-bas, ils connaissent que la Sorbonne". Je vois pas comment on peut s'attendre à ce que l'Américain moyen connaisse le nom des treize facs parisiennes. Seulement, ça, N. n'y pense pas, et te parle de son fabuleux projet de changer de fac' l'année prochaine, et d'aller à la Sorbonne pour y finir son droit. Résultat : il a retapé dans la même fac', vu qu'il avait pas bossé, obnubilé par ses rêves de changement. S'il avait fait preuve d'un peu plus d'humilité et de gentillesse, je l'aurais peut-être prévenu qu'en licence, pour demander un transfert de fac' d'une année à l'autre, il faut que l'université d'origine ne propose pas l'enseignement demandé. Mais bon, bref. Je suis donc tombé sur le profil de N., et j'ai donc su que N. était gay.
Mais la grosse surprise, c'était quand même aujourd'hui. Dans le train qui me ramenait à la maison, j'étais assis en face d'un homme aux larges épaules, aux pectoraux très développés et qui avait un gros sac de sport. Un adepte de muscu', quoi. Connaissant le goût des gays pour le culturisme et la gonflette (non, je ne fais pas de la muscu' parce que je suis gay, je fais de la muscu' parce que je veux des points en plus), je me rendis sur le site de rencontres où j'avais dégotté N., je fis une recherche géographique par rapport à la station où cet individu musculeux est descendu, et là...
Je tombe sur Y. À qui j'avais ouvertement déclaré ma flamme en terminale ("Je crois que je suis un petit peu amoureux de toi"... Qu'est-ce qu'on est con quand on est jeune (et candide et innocent et naïf) !), et qui m'a répondu avec gentillesse (et délicatesse) "Ah ? Mais euh... Pas moi... Enfin, t'inquiète pas, je le dirai à personne". Depuis cette date fatidique, je ne me suis plus jamais aventuré dans les sous-sols de mon lycée (en même temps, c'était la dernière semaine de cours, un vendredi matin, ça aide). Y. était en S, passait beaucoup de temps dans les labos du sous-sol, et c'est le seul endroit où j'ai pu lui parler tranquillement entre quat'z'yeux, en tête-à-tête. Mais maintenant, je me demande : son refus était-il lié à une inaptitude à s'assumer ? Ou peut-être que je ne suis pas son genre et que je suis trop moche ? Il y a aussi le fait qu'on ne se connaît pas, et que j'y suis allé un peu fort. Mais comme Y. ressemble un peu à Jarod (Michael T. Weiss, dans le Caméléon), j'avais le sentiment de le connaître, et...
Je ne me vois pas l'aborder sur le site en question. Ni ailleurs, d'ailleurs. Je crois que je vais le laisser vivre sa vie. Même si j'aurais bien aimé le connaître un peu plus. Le truc bizarre dans cette histoire, c'est que j'ai l'impression de redécouvrir des émotions et des sensations que j'avais enfouies y a longtemps. Et en même temps, ça me prouve que mon radar à gays était pas si mauvais (Y. regardait Un, Dos, Tres et je le soupçonnais fortement d'en pincer pour Roberto). Et puis, à côté de la possibilité de le laisser vivre sa vie, il y a aussi celle de lui écrire un message sur Facebook, mais c'est un peu dur d'amener la chose : "Salut ! Bon, j'ai appris que t'étais gay, alors pourquoi tu veux pas de moi, hein ?". Ça fait un peu rancunier et amer. Ce que je ne suis évidemment pas. Si je reprends contact avec lui (nous avons des mutual friends), je sais que j'aurais du mal à me contenter d'une simple amitié. À moins de trouver une autre chaussure à mon pied. Alors peut-être qu'il vaut mieux laisser mourir cet espoir, mais c'est contraire à ma conception philosophique héritée de Walt Disney.
En même temps, ma décision de me bouger pour faire bouger les choses m'oblige à prendre contact avec lui.
I can do it.

20:21 Publié dans Houhou♥ | Commentaires (2)
05.03.2009
Arnold & Willy
J'ai été tout émouvu lorsque j'ai inséré le DVD dans le lecteur. C'est la première fois que je revoyais ces épisodes de la série qui ont bercé mon enfance, ou plutôt, mes après-midis de nourrisson.
Arnold et Willy, c'était un rendez-vous inratable. Mon père m'a raconté qu'à l'époque où c'était diffusé, je courais en sortant de la crèche ou de la maternelle pour pouvoir m'installer devant la télévision et me délecter du "Qu'est-ce que tu me racontes-là ?" d'Arnold Jackson/Gary Coleman.
La série a débuté en 1978, mais l'humour déployé par les acteurs n'a pas perdu une once de fraîcheur. J'étais tordu de rire en regardant le DVD et ma petite sœur qui a dix ans est dans le même cas. Ce n'est pas vulgaire, c'est juste fantastiquement drôle, frais et un poil critique aussi. Avec un enrobage de morale.
Mais il y a quand même quelque chose de douloureux quand on revoit ces images vieilles de 30 ans. Quand on en vient au "Mais que sont-ils devenus ?", le bât blesse.
Gary Coleman, qui tient le rôle principal, avait gagné des tas de dollars avec cette série. Mais ses parents adoptifs ont dilapidé son argent, et il s'est retrouvé ruiné. Condamné à garder une petite taille en raison d'une maladie des reins, sa vie affective s'en est trouvée très affectée. À 40 ans, en 2008, il a épousé l'actrice Shannon Price, 22 ans, dans le plus grand secret. Désormais engagé en politique, il fait quelques apparitions en guest-star dans certaines séries.
Philip Drummond/Conrad Bain a juste vieilli. Il est présent dans les bonus sur le DVD pour relater quelques anecdotes sur la genèse de la série.
Willy Jackson/Todd Bridges a lui aussi vieilli, mais entre temps, il est passé par la délinquance et la drogue. Lui aussi présent sur le DVD pour les anecdotes, il a bien changé. En le voyant, j'ai eu le sentiment que son visage a gardé les stigmates des épreuves qu'il a endurées et le souvenir de ces errances. Il semble qu'il a emprunté une voie de "sagesse", et anime à présent des débats sur la drogue dans des églises.
Et puis il y a Virginia (Kimberley en VO) Drummond/Dana Plato. J'en ai presque eu les larmes aux yeux en lisant ça sur Wiki... Pendant la série, elle est tombée enceinte et a dû arrêter quelque temps avant de revenir pour quelques épisodes. Mais ensuite, c'est moins glorieux. En plus de la drogue et de la violence, elle se tourne vers le porno', et meurt d'une overdose en 1997.
J'ai eu un brin de malaise en revoyant ces images pleines de bonnes intentions, de joie et de morale. Mais je crois que cela ne fait que confirmer l'idée qu'il nous faut faire des choix. (Par contre, Wiki ne dit rien de ce qui est advenu à Abraham le poisson rouge qui était Noir.)
Et puis, le DVD n'était qu'à 20€ à la Fnac, c'était Noël, tout ça tout ça...
01:44 Publié dans Houhou♥ | Commentaires (2) | Tags : arnold et willy, diff'rent strokes, gary coleman
02.03.2009
Lève la main plus fort
Aujourd'hui, je me suis levé de bon matin pour aller passer le concours de Sciences Po', et plus particulièrement le Master de Journalisme. C'est un peu un comble pour moi qui ne suis pas friand de news chaudes comme des patates (j'aime bien prendre le temps de la réflexion, ou au moins faire semblant, quoi), mais bon. Pour ne pas me sentir trop esseulé au milieu des milliers de membres de l'élite intellectuelle du pays qui composaient au même endroit, j'avais emmené Elmer avec moi, ainsi qu'une bouteille de Vittel. Pendant l'épreuve de "Réflexion sur un texte court" (j'ai planché sur cette phrase de Flaubert : "La bêtise consiste à vouloir conclure"), j'ai eu l'idée de mettre Elmer sur la bouteille de Vittel, et ça m'a fait trop rire, parce qu'à chaque fois que le surveillant passait, il devait faire attention à ne pas renverser Elmer. Et puis, ça faisait sourire mes voisins aussi qui devaient se dire : "Humpf, déjà un de moins". Tout fier de moi, dès la fin de l'épreuve, avant même de rendre ma copie, j'ai pris le cliché que voici (voir ci-contre). Et je trouve que c'est très représentatif de qui je suis. Je n'ai à mon sens aucune chance d'intégrer un jour cet Institut d'Études Politiques, mais c'est toujours marrant de rater une journée de cours, mes parents me voient déjà à l'ENA, et je crois que ça ferait stylé sur mon CV. Oui, bon, sérieusement, j'aimerais bien avoir une heureuse surprise le 1er avril, quand tomberont les résultats, mais en même temps, je me monte pas trop le bourrichon.
Ce qui m'a bien fait rire aussi, c'est lorsqu'au moment de la distribution des sujets, on nous a demandé de lever la main. Alors je lève ma main, mais à la fin, je n'ai toujours pas de sujet. Alors je rouspète : "Monsieur, j'ai pas eu de sujet, moi !", ce à quoi il me rétorque, très sérieux : "Ah oui, mais il faut lever la main plus fort !", ce qui a fait rire la salle emplie de joyeux drilles tous plus intellectuels les uns que les autres. Peut-être que je suis le bouffon de service.
23:18 Publié dans Blablabla | Commentaires (4) | Tags : sciences po, concours, laplace, arcueil, c6, elmer


