23.02.2009

En mémoire d'YM620GFLUPR*

- Some people want it all, but I don't want nothing at all, if I ain't you, baby, if I ain't got you, baby, chantait Ryan Erevan en gravissant la raide pente qui le conduisait à sa maison et où jamais personne ne s'aventurait.

- C'est vraiment bien de chanter comme ça, dit la madame qui passait par là et descendait la pente.

- Ah, euh, hein, quoi, oui, je, hein, ah, merci, bafouilla Ryan Erevan en rougissant.

 

*YM620GFLUPR est le numéro de série du premier iPod de Ryan. C'est avec lui que Ryan apprit à ne pas se contenter du play-back et à investir la scène de karaoké naturelle qu'est le monde qui nous entoure.

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22.02.2009

Le Choix de Sophie

Cet après-midi, j'avais des tas de choses à faire, alors j'ai tout laissé en plan pour regarder un DVD : Le Choix de Sophie. Il ne sera révélé aucune information importante quant à l'intrigue de cette histoire poignante.

Synopsis from Wiki :

L'action se déroule peu de temps après la Seconde Guerre mondiale. Stingo, un jeune écrivain du Sud des États-Unis, arrive à Brooklyn et sympathise avec un couple : Sophie (Meryl Streep), une jolie immigrante polonaise (ayant beaucoup souffert pendant la guerre) et Nathan, un juif au comportement imprévisible et violent laissant deviner une personne souffrant d'un trouble mental. Une relation complexe se développe entre les trois personnages.

Le nœud de l'histoire se situe dans les dernières pages du bouquin de William Styron et les dernières minutes du film. Et ça vaut le coup, parce que j'ai pleuré à chaque fois. Le dilemme qui se présente à Sophie est d'une intensité et d'une horreur si grandes que je ne peux pas retenir le flot de mes larmes.

Il faut dire que je suis particulièrement sensible à cette frange de l'Histoire. J'ai découvert l'existence de la Shoah en parcourant seul une encyclopédie historique (je considérais que les voitures et les Action Man, c'était pour les brutes) alors que j'étais en CM2. Et depuis, j'ai toujours un sentiment de gêne dès qu'il est question d'une chose présentant un caractère germanique. Lors du choix des langues vivantes pour l'entrée en sixième, j'ai hésité, parce qu'apprendre l'allemand était un gage de réussite (ou presque), mais c'était aussi la langue qu'avaient utilisée les nazis, et je ne voulais rien avoir de commun avec ces personnes. Comme à l'ordinaire, mes motivations affectives l'ont emporté sur ma raison, et j'aidonc choisi de commencer par l'anglais (et en quatrième, j'ai encore esquivé l'allemand en me tournant vers l'espagnol). Un choix que je ne regrette pas d'ailleurs. Au vu de l'antagonisme qui m'opposait à ce petit salopiaud débile, lâche, faux, méprisable et repoussant de Florian D., un germaniste que j'ai été contraint de côtoyer de la cinquième à la terminale, ce choix avait été le bon. Je ne voulais rien avoir de commun avec lui non plus.

Ce n'est pas de la rancune, c'est juste que je ne parviens pas à pardonner aux auteurs de cette barbarie. Je n'en veux pas à leurs descendants non plus, mais je ne suis pas en mesure de me rendre à Berlin, par exemple. C'est comme quand j'arpente le cimetière du Père-Lachaise. J'ai le sentiment que les communards m'en voudraient de ne pas penser à eux, les fusillés de la Semaine Sanglante. De la même manière, je ne saurais prendre de plaisir à Berlin tant je serais obnubilé par le souvenir. Ce n'est pas un devoir de mémoire, car je me souviens aussi de la Traite des Noirs, et je ne ressens rien de particulier à l'encontre des colons sudistes. Non, je crois que c'est lié à la façon dont j'ai eu connaissance de cet épisode de l'Histoire. Être autodidacte quand on est un petit garçon émotif et sensible, ça laisse des séquelles.

De toute façon, si j'avais à choisir, je n'aurais rien changé. Et qu'aurais-je fait, moi, dans la position de Sophie ? Je n'en sais trop rien. Mais j'ai tendance à penser que je n'aurais pas choisi.

21.02.2009

SOS Guadeloupe

Aujourd'hui, j'ai appris qu'un pot de Nutella coûte 10 euros en Guadeloupe. Tu m'étonnes qu'ils ont envie de tout casser.

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(Oui, bon, je sais, c'est pas en Guadeloupe, mais j'avais pas envie de violer les droits d'auteur d'un inconnu à une heure aussi avancée de la nuit, et j'ai pas les moyens d'aller prendre des photos aux Antilles en ce moment, alors j'ai pris du proche. De toute façon, que la manif' ait lieu devant Jussieu ou à Pointe-à-Pitre, c'est tout comme.)

23:56 Publié dans Blablabla | Commentaires (0) | Tags : nutella, guadeloupe

Yes, we can

Oui, il faut que je change. Même si mon anonymat est ici préservé, mon pseudonyme d'Allégrion est bien trop fréquemment utilisé par mon humble personne. Je l'ai depuis près de quatre ans maintenant, et beaucoup me connaissent sous ce nom. Pour des raisons de sécurité, d'éthique, de déontologie et d'opportunisme politique, je deviens donc aujourd'hui Ryan Erevan.

Lucas_Grabeel.jpgRyan, c'est le petit blondinet original, joyeux et sensible de la saga High School Musical. Quitte à regarder le monde avec un œil rieur, autant pratiquer l'auto-dérision. C'est aussi mon personnage préféré de la trilogie parce que décalé, à côté de ses pompes, et doté d'un sens artistique hors du commun. Et puis, il est fortement soupçonné d'être un gros pédé. En même temps, je ne pouvais pas m'appeler Taylor Mc Kessie.

 

Et Erevan, c'est la capitale de l'Arménie, et je trouve ça très joli comme nom de ville. C'est le plus beau nom de ville à ma connaissance. Erevan. Ça évoque dans mon esprit un semblant d'éternité, de mystère, d'aventure, de féérie, de magie. Je ne suis pas tout ça, mais j'ai le droit d'avoir un joli pseudo', hein.

Panorama-erevan.jpg

22:23 Publié dans Waouh ! | Commentaires (3) | Tags : changement de pseudo, ryan erevan

Mouarf

Le bilan comptable de cette semaine chargée n'est pas des plus mauvais.

Lundi, j'ai été un zonard, à la dérive. Limite paumé. Au point que j'en suis même arrivé à me demander si je n'étais pas amoureux de ce chauffeur de bus que je connais. Ç'eût été la preuve d'une profonde déchéance de ma part. Pas parce qu'il est chauffeur de bus, mais parce qu'il est dépourvu de toute forme civilisée de bon goût, et qu'il bave de concupiscence dès qu'il voit un ouaich' qui se balade le caleçon à l'air, le pantalon sur les chevilles. Moi, ça me rappelle seulement Jessie qui s'était pris une fessée déculottée en CM1.

Mardi, j'ai été un zonard heureux, parce que la prépa' que je visais m'a finalement retenu, alors que tout espoir était perdu. Alors j'ai sauté de joie devant mon ordinateur aux alentours d'une heure du matin. Quelques heures plus tard (à des heures décentes, et postérieurement au triptyque petit-déj'-douche-brosse à dents), j'ai passé quelques coups de fil pour connaître les modalités de mon intégration, et hop. Count me in. Yay ! Et j'ai passé l'après-midi à déambuler avec une amie dans Paris en apprenant et en m'amusant. C'était un peu comme la Carte Aux Trésors, sauf que je portais pas de couleur criante et que j'avais pas d'hélicoptère. Merci Paris énigmes (malgré les approximations).

Mercredi, j'ai été entre haut et bas. Haut quand j'ai pu interviewer un député sur le projet de décret relatif au statut des enseignants-chercheurs. Et aussi quand j'ai fait la sieste. Bas quand j'ai invité mon chauffeur à déjeuner, quand j'ai cru qu'il s'était suicidé, et toutes les fois où je l'ai appelé sans qu'il daigne répondre. Règle n°1 du bonheur : mépriser toute créature à phallus. Et aussi quand j'ai eu droit à deux heures d'Histoire du Droit Public alors que le cours était censé porter sur les Idées Politiques depuis le XVIIIe siècle. Or, le Droit Public, c'est... chiant au possible. Historiquement, tout du moins. Mais le cursus aussi manifestement, vu le contraste saisissant entre la cohorte d'adeptes du droit privé et la foule éparse et clairsemée d'étudiants du droit public.

Jeudi, j'ai pour la première fois de ma vie pris plaisir à assister à un cours portant sur l'administration. C'est fou ce que ça prend du relief quand c'est fait par un prof' vivant et enthousiaste. Je suis allé au cinoche pour la première fois depuis High School Musical 3 (oui, j'ai bien dit qu'il fallait que je me cultive), et j'ai vu Eden à l'Ouest de Costa-Gavras. J'en suis ressorti frustré de ne pas avoir obtenu les réponses à mes questions.

Vendredi, j'ai revu Hairspray, fait de la muscu', répondu à mes admirateurs et vidé mon sac pour penser à autre chose. J'ai aussi dansé un slow en chantant Unchained Melody, et on m'a dit que je chantais bien, alors j'étais heureux.

Ajoutons que chaque jour de cette semaine, j'ai lu Le Monde tous les jours, j'ai parcouru des dizaines de kilomètres avec ma carte Imagine'R qui m'emmène partout pour pas un sou parce que c'est les vacances, j'ai corrigé des articles, pleuré la mort de mon iPod, chanté sa résurrection, envisagé de changer de pseudo', dépensé de l'argent que je n'avais pas, accentué mon découvert, souri à des enfants, et à des gens aussi, commencé une nouvelle histoire, ri avec de futurs collègues et aimé ça, pris de la distance avec d'anciens camarades, mais c'est pas plus mal.

Une semaine bien remplie. J'aimerais qu'elles soient toutes comme ça. Entrecoupées d'émotions contrastées et de sentiments contradictoires. Entières, quoi.

19.02.2009

Zonard

Ces derniers temps, lorsque j'emprunte le RER, je m'avachis au fond de mon siège, la tête collée à la vitre, et je regarde défiler le paysage. Comme si j'étais constamment sur le point de pleurer. Comme si j'avais été amputé de quelque chose dont j'ignore la nature. Et pourtant, Dieu sait que je devrais rayonner de joie. Je revois des amis qui sont partis étudier au loin. Ma vie préprofessionnelle est une réussite à plusieurs titres. Quand j'entre dans l'amphi', on se retourne pour me dire bonjour. Les profs même semblent ralentir pour que j'aie le temps de rattraper mon retard. Mon emploi du temps plus léger ce semestre va me permettre de préparer les concours comme il se doit, et histoire d'améliorer ma culture, je vais même faire l'acquisition d'une carte UGC Illimité. Mon téléphone sonne régulièrement et je ne le laisse plus de côté tant j'ai de personnes à contacter, à relancer, à écouter.

Et pourtant.

C'est peut-être lié à ma peur panique des relations humaines un tant soit peu élaborées ou profondes. Ainsi, pour ne pas avoir à converser avec les ouvriers qui travaillent dans la rue qui mène à la gare, j'emprunte un détour qui accentue mes retards. À croire que la froideur et l'arrogance tant décriées des Parisiens sont durablement inscrits en moi. Il faut dire que je suis né à Paris, et qu'en matière de parisianisme, je n'ai rien à envier aux Jacobins.

Mais c'est peut-être aussi parce que je n'ai pas de but. Enfin, si, j'en ai un en terme de carrière professionnelle. Mais, pour ma vie... Je m'étais pourtant juré de ne pas ressembler à ces personnages incomplets des téléfilms de 13h30 sur M6, totalement absorbés par leur emploi et encore au stade de nourrisson dans les autres pans de leur existence.

2007-03-03_0596_p.jpgEt tout cela donne lieu à un dédoublement. Je m'observe, parcourant des ruines, en quête de ce que je ne peux atteindre. Lundi après-midi, je ne savais pas quoi faire, alors pendant quelques heures, j'ai été un zonard. J'ai fait des allers-retours dans un bus sans me préoccuper de sa destination. Oh, certes, c'était aussi pour le chauffeur qui est une connaissance de longue date. Je l'ai accompagné dans son parcours, avant de regagner mes pénates. C'est reposant de voir toujours ces mêmes paysages. D'assister au flux et au reflux des passagers. De parler à quelqu'un qui est vraisemblablement content de vous voir. De saluer des tas d'autres chauffeurs de la RATP dont on ne connaît même pas le nom, mais qui t'adoptent dans leur grande famille, parce que si tu parles avec un chauffeur, c'est certainement que tu en es un toi-même. Ma grande hantise, ç'aurait été de croiser quelqu'un de mon vaste entourage au cours de ces incessants périples. Mais il n'y avait personne. Je suis passé devant des lieux que j'ai arpentés durant toute mon enfance, des endroits chargés de souvenirs, plus ou moins heureux, plus ou moins douloureux.

Zonard, c'est le nom que les chauffeurs donnent à ces gens un peu étranges qui occupent leurs journées comme ils peuvent en traînant dans les bus histoire de faire quelque chose. Chose impossible dans le métro', où le chauffeur est coupé du reste du wagon.

C'est drôle parce que quand on est enfant, on a envie d'être adulte, et on a pourtant l'impression que l'enfance dure toujours. Maintenant que cette période est résolument derrière moi, je me demande comment elle a fait pour passer aussi vite. Et puis, je ne veux pas retomber dans les travers du passé. (Là, je me rappelle ces enfants de cinq ans, qui, lorsqu'ils se remémorent quelque chose, y font référence en disant : "quand j'avais trois/quatre ans...", comme si c'était un âge révolu, une période lointaine.) Parce que quand j'avais dix-huit ans, j'ai pu écrire ces mots : "J'ai tout vu, tout entendu, tout ressenti, tout éprouvé", et que maintenant que j'ai 20 ans ¾, je me rends compte de mon infâme ineptie.

Peut-être que c'est ça, apprendre. Peut-être qu'il faut en passer par ces phases de zonage dans des bus anonymes. Pour comprendre que chaque relation est unique, et que ce n'est pas parce que l'on a été trahi une fois que l'on sait ce que cela fera la deuxième. Que je suis bien loin d'avoir tout éprouvé, et qu'il y a encore bien de la marge. Qu'aimer, c'est une chose bien compliquée, même pour ceux qui revendiquent l'omniscience.

D'un autre côté, ces mots de mon poisson rouge m'ont rassuré. L'autre jour, il m'a remercié pour ces cartes postales que j'avais déposées dans sa boîte aux lettres. Et il m'a dit qu'il n'avait même pas eu besoin de les lire ces cartes pour savoir de qui elles provenaient. Il paraît que c'est là mon style, ma marque : l'absence de timbre. Je ne confie que rarement mon courrier à la Poste. J'ai toujours préféré aller directement jusqu'au destinataire, avec un peu d'indirection quand même, par le truchement de sa boîte aux lettres, par exemple. Et puis, il y a les mots de cette chanson, que je me répétais comme un leitmotiv pour ne pas céder au découragement suite à un échec de ma politique du "va-vers-les-autres, ils-se-rueront-sur-toi". But I keep on waiting, anticipating... For some tender arms to hold me tight...

01:49 Publié dans Blablabla | Commentaires (2) | Tags : zonard, lassitude, ennui

12.02.2009

Premiers baisers

La simple présence de ce sentiment infect au-dedans de mon âme m'emplit de honte et de dégoût à mon propre égard. Cela a beau être involontaire, je suis indigne de moi-même, et je mérite une réprobation pleine et entière.

Tout a commencé en quatrième. Alors âgé de douze ans, je rentrais à pied de l'école chaque mercredi midi, mon sac Lee Cooper sur le dos, et mon manteau Schott sur les épaules (trop la classe). Mais je ne rentrais jamais seul, parce que populaire comme personne, j'étais accompagné au choix par Barbara, Wilhelmina (Willie pour les intimes et les autres), et Michaël. Je les appréciais tous trois, avec une petite préférence pour Willie, parce qu'elle appartenait au Groupe des Filles, de celles qui sortent avec des garçons, j'entends. Et sur le chemin de la maison, j'écoutais, attentif, les récits des aventures de celles qui pouvaient embrasser des garçons en public, là où je devais me contenter de rêver ou de vagabonder dans les toilettes nauséabondes (mais c'est une autre histoire).

Ce que j'ignorais alors, et que j'appris huit ans plus tard, c'est que Michaël était gay, qu'il l'est toujours d'ailleurs, et qu'il l'était déjà à l'époque, et que... Ben, il ne s'est rien passé entre nous. J'ai été chamboulé par ce coming-out, parce que je croyais avoir fait le tour du personnage. Michaël est le garçon le plus adorable du monde ; gentil, prévenant, attentionné, doté d'un carctère doux, affable et agréable, il n'avait jamais réussi à susciter quelque émoi en moi. Nous étions de simples camarades, et désormais, grâce à la magie de Facebook, nous sommes friends. À mes yeux, c'était un ange, car même quand on tapait Michaël sur la tête, Michaël riait. Seulement, comment tomber amoureux d'un garçon aussi gentil ? Obnubilé par les caïds aux gros bras (hmmm, des gros bras), je ne voyais en Michaël qu'une connaissance.

Et puis, la révélation de son homosexualité tombe. Boum. Ah, ben, c'est drôle la vie, parce que les filles pensent toujours que les garçons trop gentils sont gays, et que les gays pensent toujours que les garçons trop gentils sont en réalité méchants, donc hétéros. Par curiosité totalement désintéressée, je parcours les quelques 500 photos que compte le profil de Michaël. Michaël à la plage, Michaël à la piscine, Michaël en Louisiane, etc. Et il s'avère que sous ses pulls en laine, Michaël cachait de gros bras. Et que Michaël a des cuisses fermes et musclées. Et. Oui, point.

Prêt à faire usage de ma stratégie des Choses-À-Faire-Pour-Ne-Pas-Vivre-Ma-Vie-Par-Procuration, je m'apprêtais à envoyer un poke à Michaël quand un couperet tranchant vint mettre un terme à mes ardeurs juvéniles ressuscitées. Michaël is in a relationship. *nausée*

Bon, me diras-tu, toi, sur Facebook, tu es carrément married. Oui, mais moi, te répondrai-je, c'est avec une fille, donc c'est pour rire. Alors que lui, tu comprends qu'il est dans une vraie relationship grâce à ces petits détails que tu ne remarques pas immédiatement sur les photos, comme cette main sur la hanche de ce garçon, ce bisou sur la joue de ce garçon, la présence de ce garçon inconnu aux côtés de celui que ton cœur n'a jamais cessé d'aimer depuis la quatrième (aucune loi n'interdit de réécrire le passé, hein) Michaël.

Premiers baisers.jpgMon cerveau maléfique et malfaisant s'est alors mis en tête d'échaffauder une malveillante stratégie en vue de conquérir le cœur de Michaël et d'éjecter cet intrus inconnu. D'où un sentiment de culpabilité suite à la naissance de ces pensées ignobles, abjectes et malsaines. Je me suis alors souvenu de Premiers Baisers, et plus particulièrement d'Isabelle, cette petite peste pourrie gâtée, belle et malicieuse qui avait volé Luc, le beau gosse, à Annette, une Ugly Betty des temps anciens, ô combien attachante (cf. ici - colonne de gauche, pour comprendre de qui ça parle), et la réminiscence de la haine que j'avais alors éprouvée du haut de mes sept ans à l'encontre de la détestable Isabelle m'est revenue. Incapable de concevoir le mal, je suis tout autant empêché de voir Michaël sans ressentir l'envie brûlante de l'embrasser. Brrr.

Heureusement, il s'avère que ce genre de coup de foudre par écran interposé se solde toujours par un dur mais salvateur retour à la réalité, avec prise de conscience de combien l'autre a changé et de la dimension idéalisée qu'on lui confère pour préserver le souvenir d'un passé idyllique. Je reverrai donc Michaël, et je serai heureux pour lui. Et vlan, dans tes dents, esprit d'Isabelle qui sommeille en moi.

09.02.2009

Un bon début

Conformément à mes résolutions, j'étais décidé à aller de l'avant, et j'ai accepté une proposition à déjeuner avec un ami que je n'avais pas vu depuis longtemps. Voyant qu'il n'avait pas répondu à mon courriel, je téléphone :

Moi : - Allô, c'est moi. Tu vas bien ?
Lui : - Oui, ça va.
Moi : - Ah ben euh, moi aussi. C'était pour savoir si t'es toujours partant pour demain midi (point d'interrogation sous-entendu).
Lui : - Ça va pas être possible : je suis en Belgique, ma grand-mère vient de décéder.

Et vlan, dans les dents. Il va falloir que je revoie ma copie.

Flèche

Brrr. Tandis que je relis mes cours en vue de préparer mes partiels tout en tentant de lutter contre la somnolence, je songe avec horreur à cette prof' d'histoire-géographie que j'avais en troisième. Cette incompétente notoire était incapable de faire des phrases. Elle se contentait des gros titres : "Première Guerre mondiale flèche Triplice contre Triple Entente" ou encore "Lénine flèche Révolution russe". Elle se justifiait en prétendant qu'ainsi, on allait plus vite. Mon amour des mots, sans cesse attisé par la crainte d'un naufrage sur les rives de la novlangue, ne supportait pas ces raccourcis de la pensée, et tandis que mes voisins incorporaient des figures géométriques à leur cours, je m'efforçais de trouver les mots pour pallier les silences et les insuffisances.

Je n'ai pu m'empêcher de remarquer que j'ai depuis longtemps adopté une écriture orale. Sympathique, du reste, mais cela contrevient quelque peu à mes idéaux littéraires. Je me permets de critiquer Marc du Pontavice pour les dessins animés sans profondeur, ni qualité, ni recherche qu'il produit, mais il faut bien reconnaître que je souffre (parfois) des mêmes défauts.

Par conséquent, j'ajoute à la liste des Choses-Que-Je-Dois-Faire-Pour-Ne-Pas-Vivre-Par-Procuration les éléments suivants :


- promouvoir et faire usage d'une écriture noble, digne des Anciens, et profonde
- conserver un esprit critique et "impertinent"
- ne jamais regarder Oggy et les Cafards
- refuser la pensée moutonnière et les croisements indécents entre écriture et géométrie
- préparer avec sérieux et application examens et concours de toutes sortes auxquels je suis convoqué

Y'a-qu'à-faut-qu'on

714MonicaRev.jpgD'ordinaire, j'entre dans la vie des autres. Je pénètre leurs jardins, je les découvre et les explore. Je leur apporte des conseils sur la façon dont ils doivent mener leur barque dans l'existence. Je me sens à l'aise dans cette position de guide. Je me prends alors pour Monica, le personnage principal de la série Les Anges du Bonheur (à l'époque, un moyen d'occuper mes après-midis après le téléfilm de 13h30). J'attendais avec impatience cet instant de l'épisode, où dévoilant sa véritable identité, Monica (et Tess et Andrew, aussi) apparaissait nimbée d'une lumière surnaturelle, semblant jaillir de nulle part. Revêtue de blanc, elle indiquait alors aux créatures perdues le chemin à suivre, avec des trémolos dans la voix. En ces temps d'innocence, j'ignorais encore tout des fondamentalistes religieux, mais avec du recul, je crois pouvoir dire que les scénaristes et les producteurs de cette série n'étaient pas des intégristes purs, puisqu'ils étaient favorables à la fécondation in vitro. Et dans mes rapports aux autres, j'ai parfois adopté ce modèle, me faisant la voix d'une sagesse intemporelle

Et puis, il y a eu cette réflexion que m'a faite D. l'autre jour. Sur le fait que cela fait maintenant plusieurs mois (années) que je n'ai rencontré personne. Certes, mais il faut avouer que cela ne me manque pas vraiment. Je crois qu'à l'instar de Monica, j'ai renoncé à avoir ma propre vie. Cet ange n'a pour histoire que celle des autres, de ceux qu'elle a aidés et soutenus, accompagnés et écoutés. Je sens bien qu'il me faudrait réagir contre cet état de fait, mais l'envie m'en manque cruellement, parce que si je suis très fort dans mon rôle de donneur de leçons, j'ignore comment les apprendre. Surtout, je ne fais plus confiance. Mon journal intime vit en Suisse car ainsi, je suis certain que personne ne tombera dessus par inadvertance. Oh, bien sûr, il y a ce blog, mais c'est tellement facile de se confier à des inconnus que l'on ne rencontrera jamais. Les confessions anonymes n'ont que peu de valeur, selon moi. Il faudrait que cela change.

Alors, je vais saisir la balle au bond, et vivre. Ou en tout cas, me donner des objectifs à remplir. Ce ne seront pas de bonnes résolutions car je n'ai pas pour habitude de tenir les promesses que je me fais à moi-même. Non, ce seront des Choses-Que-Je-Dois-Faire-Pour-Ne-Pas-Vivre-Par-Procuration. En voici une liste non exhaustive :

- converser véritablement avec les gens, sans me contenter de répondre par l'affirmative
- aller plus régulièrement sur Facebook, et écrire spontanément à mes relations (ou leur envoyer des pokes quand les mots me manquent)
- avoir une ou plusieurs activités sociales me contraignant à avoir affaire à des inconnus que je ne pourrai snobber
- écrire une nouvelle, histoire que toutes ces idées dans ma tête trouvent un exutoire
- avoir une longue conversation père-fils, puis une longue conversation mère-fils, puis une autre longue conversation parents-fils
- ne plus chercher d'excuses pour éviter les pots conviviaux avec les camarades de fac'
- ajouter une nouvelle personne dans mon cercle restreint d'amis proches et indéfectibles, histoire d'apprendre à faire confiance

Je ne me donne pas d'ultimatum, parce qu'il est déjà ardu de m'imaginer accomplir ces choses. C'est tellement facile à écrire, ces yaks à faucons...

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