24.06.2009

La victoire est amère

Une nouvelle étape est franchie.

Je suis admissible aux deux autres concours que j'ai passés pour les écoles de journalisme. Je n'ai pas le souvenir d'avoir particulièrement brillé, mais on n'est jamais à l'abri d'un miracle. Seulement, c'est mieux quand les miracles sont collectifs.

Nous étions une quinzaine à préparer ces concours-là ensemble, et j'ai adoré les moments passés avec ces gens drôles, ouverts, intelligents, et doués. Et là, c'est le drame. Ces résultats viennent de placer un fossé entre nous. On n'en avait pas parlé avant, et c'est peut-être pour cela que le malaise est grand. On était parti dans l'idée que nous vivions la même galère, mais c'est comme si j'avais quitté notre radeau de fortune pour un paquebot de luxe (ou le Titanic, qui sait ?). J'ai le sentiment qu'on forme désormais deux groupes distincts : celui qui a réussi et ceux qui vont continuer à galérer.

M'enfin. Si je parviens à être rédac-chef un jour, je sais déjà qui je recruterai...

Chers Consanguins, vous ne me lirez certainement pas, parce que je cultive savamment le secret, mais je voudrais vous dire que je vous aime et que vous êtes merveilleux.

16:05 Publié dans Blablabla | Commentaires (3)

13.06.2009

Des oignons

Dans l'un des tomes de la saga des Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett, l'auteur décrit avec minutie la constitution des oignons, ces trucs immangeables qui font pleurer les honnêtes gens. C'est ainsi que j'appris qu'ils sont composés de plusieurs couches.

Or, je sommeillais paisiblement, lorsqu'une idée soudaine me vint à l'esprit. Malgré mon emploi du temps de ministre surchargé entre les oraux, les écrits et les concours, je décidai d'interrompre ma nuit de sommeil pour ne rien perdre de cette réflexion profonde. Et aussi,parce qu'Internet me manquait. Je ne m'y aventure que contraint et forcé depuis que les épreuves ont commencé. Je redoute de consacrer des heures au divertissement au détriment de l'étude car je ne sais pas respecter les limites de temps que je m'impose. Bref.

L'image d'une paire de Converse m'est apparue.

converse-noire-blanche-pas-chere.jpg
Je porte quotidiennement des Converse noires alors ça n'avait rien de fantasmagorique. Mon subconscient m'a toutefois demandé pourquoi je portais des Converse, moi qui tiens tant à me différencier des autres, à marquer mon unicité et à ne pas suivre le troupeau ? Parce qu'il n'y a quand même rien de plus banal que des Converse noires. Dieu seul sait combien de motifs originaux ou affriolants circulent dans le monde et je me contente du classique noir. Pourquoi ?

Et là, ma conscience a rétorqué que je suis tellement spécial que je n'ai pas besoin de marquer ma différence avec mes pieds. Bien au contraire, mon look passe-partout suscite plus encore la surprise et l'étonnement puisque l'on ne s'attend pas à moi. Une personne vêtue d'un débardeur orange, d'un pantalon vert pomme et de Converse jaunes à pois roses sera tout de suite classée parmi les atypiques. Moi, on me range dans la masse pour mieux se rendre compte, a posteriori, que je n'appartiens ni à la masse, ni à la catégorie "atypiques". Un peu prétentieux, hein ? C'est parfait comme ça. Je dormirai mieux ainsi. En sachant que derrière la couche banale se dissimule un esprit qui l'est moins.

 

30.05.2009

Pourquoi je suis sur l'estrade à l'église

Soso l'avait demandé ici, et c'est une demande légitime en fait, parce que c'est dur de tout comprendre si l'on ne sait pas ça.

Le 14 mai 1988, je vins au monde. À l'époque, je ne savais pas encore ce qui m'attendait. Je ne savais pas que j'étais un clandestin sans-papiers. Mais je n'ai jamais eu l'occasion d'expérimenter les centres de détention et les courses effrénées pour échapper à la police parce que mes parents et moi avons été naturalisés quelques mois plus tard, avant même que je ne sache marcher. Ça m'a fait un choc quand j'ai appris que je ne suis pas né Français et que j'ai vu le décret de mes propres yeux. Je me suis toujours reconnu dans le "Nos ancêtres les Gaulois" et les sans-culottes. Je ne ressens pas mes origines du fait de ma filiation ; mes origines sont ici, à Paris, la plus belle ville du monde ♥. Mais là n'est pas le propos. Quand je suis né, je ne savais pas que j'étais un étranger donc, mais ce que j'ignorais surtout, c'est que mon papa était pasteur.

Ma grand-mère voulait que son fils premier-né soit un homme de Dieu. Ça a marché. Heureusement, ils n'étaient pas catholiques, sinon, je ne serais jamais venu au monde. Mais ce qu'il faut saisir ici, c'est l'importance, dans la culture haïtienne, du garçon premier-né. Mon père a une grande sœur, la vraie première-née, mais ce n'est pas un garçon, alors on ne la tue pas, on n'est pas des Chinois, mais on lui apprend la couture, le ménage, la cuisine. Elle va à l'école aussi, elle sait lire, écrire, mais aussi recevoir des invités, dresser une table, faire une lessive. Des trucs de gonzesse, quoi (rires). Mon père, donc, est pasteur. Il épouse ma maman en 1985 et, ô joie, leur premier-né est un garçon. Mon papa est un peu moins dirigiste que ma grand-mère. Il veut juste que son fils premier-né soit quelqu'un qui aime Dieu, ce qui me dispense de toute charge sacerdotale. Bref, c'est "7 à la Maison", sauf qu'on est trois.

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Parce que mon papa est pasteur, je vais à l'église tous les dimanches. Je ne sais pas marcher, alors je dois bien me laisser faire. J'y apprends à être sociable parce qu'il y a plein d'autres enfants, et tout le monde est mon ami. Ce que je ne sais pas, c'est que cette amitié est un brin intéressée. A Haïti, les gens sont agriculteurs. Enfin, ils élèvent des poules qu'ils mangent, et le reste du temps, ils blablatent au soleil ou font des poupées vaudou. Quand ils arrivent en France, qu'ils ne sont pas propriétaires de l'endroit où ils vivent, qu'ils doivent payer des impôts et accepter des emplois pour lesquels ils sont surdiplômés, ils sont frustrés. Ainsi, ma mère, qui avait un diplôme de laborantine made in Haïti se retrouve à faire des ménages. Elle aime pas ça (alors plus tard, elle réussit le concours de la Fonction Publique et elle devient aide-soignante). Tous ces gens frustrés veulent s'élever sur l'échelle sociale. Quand tu parles pas la langue, c'est dur. Alors ils créent ici, en France, des structures où ils trouveront le moyen de s'élever. Ils font des associations, créent des entreprises dans le bâtiment, fondent des églises.

Mon papa a échappé au travers du je-fonde-une-église-pour-avoir-du-pouvoir, mais ce n'est pas le cas partout. C'est pourquoi lorsque l'on se promène vers la Plaine Saint-Denis un dimanche matin, on trouve une église tous les 100 mètres. Quand tu ne parviens pas à avoir une promotion dans une église (diacre, pasteur adjoint, maestro de la chorale, etc.), tu en crées une nouvelle avec une dizaine d'autres frustrés où tu peux d'office prendre le sommet de l'échelle. Ainsi, même si tu n'es que taxi, carreleur, plombier ou maçon le reste de la semaine, tu peux te parer de ton plus beau costume et de la cravate adéquate pour aller à l'église et montrer une certaine réussite. Diriger une église, c'est pas compliqué, hein, tout est écrit dans la Bible, non ? Et c'est comme ça que l'on se retrouve avec des uluberlus qui interdisent aux femmes de porter des pantalons achetés chez Zara parce que dans la Bible, il est écrit : "Les femmes ne porteront pas des vêtements d'hommes et inversement. Tu ne te travestiras pas". Les uluberlus en question n'ont jamais songé au fait que quand ce verset a été rédigé, tout le monde portait des robes. M'enfin.

En tant qu'employé de bureau, mon papa n'a jamais eu la frustration liée au port d'un bleu de travail ou celle que ressent un chauffeur de taxi malmené par ses clients. Quand il a fondé une église vers 1995, c'était avant tout pour faire autrement que les uluberlus sans cervelle. Du coup, l'amitié à mon égard s'est fait de plus en plus intéressée. En étant proche de la famille du pasteur, on est proche de l'élévation sociale. Parce que je suis le fils aîné du pasteur, je suis l'enfant le plus connu et le plus observé de l'église. Un peu comme les enfants Sarkozy, en fait, mais en moins bling-bling dans mon cas. En tant que fils du pasteur, je dois être un exemple visible et reconnu. C'est en partie pour ça que je suis sur l'estrade. En partie, seulement. Parce que mon frère aussi est un fils du pasteur, mais il n'a pas ce privilège. En plus de mes titres de noblesse de naissance, je chante pas trop mal, je dispose de facilités à l'oral et à l'écrit et je souris comme Bree Van de Kamp.

Evidemment, ils ne savent pas que je suis gay. Mon papa le sait, mais mon papa est un peu plus évolué, même si des fois, je me pose des questions. Aujourd'hui, je ne vais plus à l'église parce que je n'ai pas le choix vu que je ne sais pas encore marcher. J'y vais parce que j'en ai envie et que c'est un plaisir. Le fait de cumuler les caractères minoritaires (noir, chrétien, gay) m'a permis d'avoir beaucoup de recul. Je ne lis pas la Bible comme un fondamentaliste et je ne suis pas du genre à interdire aux filles de porter des pantalons, par exemple (ça existe les mecs comme ça). Mon homosexualité m'a mise à l'abri d'éventuelles aventures périlleuses : en tant que fils de pasteur, je suis une proie de choix pour filles en chaleur cherchant époux idéal pour plaire à papa-maman. Comme j'adresse des sourires indifférenciés à tout ce qui bouge, les allumeuses (il y a de tout à l'église) se sont rabattues sur mon frère.

Beaucoup de gens à l'église voudraient me voir succéder à mon papa. Je présente bien, je parle comme il faut et je connais bien ma Bible (ce qui me permet de mettre des baffes aux Christine-Boutinistes). Moi, je refuse tout net. C'est pas un job pour moi. Dans leur inconscient collectif, ils me considèrent comme une sorte de mix entre Martin Luther King, Barack Obama, Harry Roselmack, Audrey Pulvar et Rama Yade. Brrr. Des prédecesseurs si glorieux... Et je suis si jeune ! (Oui, c'est moi le bébé mal sapé. Dédicaces à Lapinette et sa môman.)

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12:54 Publié dans Blablabla | Commentaires (5) | Tags : église, estrade, pasteur, protestant

27.05.2009

Oui mais non mais même

Les résultats sont tombés hier. En un rien de temps (le temps de chargement du PDF, quoi), j'étais fixé. Je n'étais pas parmi les heureux élus. Je n'ai même pas pleuré. Juste une pointe de déception dans la voix. Il faut dire que je venais de blablater avec Paul Amar, alors j'étais content. Après ça, je l'étais moins, mais ce n'était rien par rapport à la frustration suscitée par mes notes.

Le concours est en deux étapes :

  • 1. Tu passes les écrits (avec 2000 autres glandus). Si tu as au moins 10, tu peux passer à la deuxième étape.
  • 2. Tu passes l'oral (avec 500 autres glandus). Tu es noté avec des lettres : A, B et C.

J'ai donc réussi les écrits. Youpi, tralala boum-boum. Mais on ne me donne pas mes notes à ce moment-là ; elles ne me seront dévoilées qu'après les résultats de l'oral. En revanche, ceux qui n'ont pas réussi les écrits (soit 1500 glandus) ont leurs notes. Pour eux, l'aventure s'arrête ici, écrivé-je avec ma voix de Denis, le présentateur de Koh-Lanta.

J'ai donc passé l'oral. Assez optimiste à la sortie, parce qu'on a bien rigolé, même si je me suis demandé pourquoi (dilemme : suis-je drôle ou suis-je con ?).

Hier, donc, les résultats sont arrivés. Avec les notes. J'ai assuré un 10 virgule quèque chose à l'écrit, et j'ai eu un A à l'oral. Trop bien ! Mais alors, pourquoi ne suis-je pas admis ?

Parce que là, ça veut dire que j'ai réussi la dernière étape, que je suis arrivé au bout de la course, mais que j'ai beau avoir un A, ça ne suffit pas. J'étais un peu perturbé, alors j'en ai parlé avec l'Incarnation du Directeur de Sciences Po Dans Ma Tête.

- Bonjour. Je comprends pas. J'ai eu un A. Et je suis pas admis ?
- Oui mais non mais même.
- Attendez, là. On peut pas avoir de meilleure note que ça à l'oral mais je suis pas admis quand même ?
- Oui mais non mais même.
- Non mais, j'ai passé l'oral pour rien en fait ?
- Oui mais non mais même.
- J'aurais pu hurler sur le jury et rôter et manger des chips en répondant au téléphone tout en mâchant du chewing-gum, le résultat serait le même ? Que j'aie un A ou un C, le résultat est identique ?
- Oui mais non mais même (quoique le mélange chewing-gum/chips, bof).
- Pourquoi m'avoir fait passer l'oral si on me refuse l'admission quelle que soit l'issue de l'oral ?
- Oui mais non mais même.
- Grrr. Je vais écrire au Directeur et tu vas comprendre ta douleur, saleté d'Incarnation !
- Oui mais non mais même.

J'ai donc écrit une lettre au Directeur. Pas pour contester la décision, juste pour comprendre. Je comprends que quand on a 15 virgule quèque chose à l'écrit et un A à l'oral, ben, ça passe comme une lettre à la Poste. Mais alors pourquoi faire croire à celui qui a 10 virgule quèque chose (moi) qu'il a ses chances si en réalité il n'en a aucune même s'il s'en sort bien ? Frustrated.

Je baisse pas les bras, parce que mine de rien, j'ai des partiels et d'autres concours qui approchent à grands pas, mais j'ai des envies de meurtre. Et j'ai envie de pleurer aussi, parce que c'est trop injuste et que je ne comprends pas.