lundi, 01 décembre 2008
Chaîne d'amour
Une fois de plus, ma boîte de réception a fait l'objet d'une attaque pleine d'amour de mes connaissances kikoololeuses.
Si un million de gens t'aime, sois sûre que j'en fais partie !
Si une seule personne t'aime, sois sûre que c'est moi !
Si un jour tu découvres que personne ne t'aime, sois sûre que j'aurais quitté ce monde !
Envoie ce message aux personnes que tu aimes et que tu n'oublieras jamais et à moi si j'en fais partie.
Si tu ne l'envoies à personne,
cela veut dire que tu as oublié tes amis...
Si 12 messages te reviennent, tu es vraiment aimée....
Outre le fait que cet espèce de machin-chose hideux est bourré de fautes d'orthographe, il tente de me culpabiliser. En vain, puisque je ne le renverrai pas. Ce serait en décalage avec mon personnage empli de classe, de distinction et de mépris à l'égard des gens du commun.
Et puis aussi parce que je trouve ces formes d'attention chaleureuse follement impersonnelles.
En ce moment, je regarde l'adaptation télévisuelle des Chroniques de San Francisco. Après avoir adoré la série de romans (sauf le septième, parce que définitivement trop tolliverien), je prends goût à cette retranscription imagée, même si je n'imaginais pas une Mona Ramsey aussi mal coiffée. Et je trouve que l'histoire de ces personnages est une forme d'attention chaleureuse follement personnelle, touchante et pleine d'un amour sincère. Au point que je préfère les aimer que recevoir des marques d'amour dépourvues de toute profondeur.
21:42 Publié dans Blablabla | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chaîne de mails, messages en chaîne, kikoolol
dimanche, 30 novembre 2008
Cher Père Noël
Paris, le 30 novembre 2008
Cher Père Noël,
J'espère que tu vas bien, et que la Mère Noël ne te pose pas trop de soucis.
Moi, ça va. Cette année a été... nouvelle, au sens où je ne peux pas dire que tout a changé, mais il s'est passé de nombreuses choses, et il est certain que moi, j'ai changé.
J'aimerais bien me plaindre de ce que tu n'as exaucé aucun de mes vœux de l'année dernière. Cela fait des lustres que je ne suis pas tombé amoureux. Je suis incapable de faire dans la profondeur, d'avoir des sentiments durables. Je suis même incapable d'avoir des sentiments, d'ailleurs, puisque je n'accorde ma confiance à personne. Alors à l'instar de l'Homme de Fer dans le Magicien d'Oz, je te demande de m'aider à avoir un cœur.
Je ne voudrais pas rencontrer le Big Love tout de suite. Tu sais combien ce serait compliqué, alors je préfère attendre. Et puis, je ne suis pas prêt. Ma formation n'est pas encore achevée.
Aujourd'hui, j'ai mangé des pâtes au saumon et à la crème fraîche. J'adore ça.
Je n'ai pas encore d'idée très précise de ce que je voudrais comme cadeaux. Mes parents s'abritent derrière le spectre de la récession, de la baisse du pouvoir d'achat et de la crise économique mondiale pour ne pas avoir à m'en offrir. Mais comme j'ai dû payer ma formation à l'auto-école avec mes propres sous, j'espère que tu les obligeras à mettre la main à la pâte. Oui, en fait, c'est ça que je voudrais, un compte en banque un peu plus fourni. Je veux aussi une carte UGC Illimité pour voir des tas de films pour peanuts, mais je voudrais aussi que tu me donnes un emploi du temps compatible avec une vie de feignasse cinéphile.
Ma petite sœur va chanter Viva la Vida de Coldpaly avec ses camarades du CM2. Fais en sorte que ce ne soit pas un massacre, s'il te plaît.
J'aimerais bien avoir un ordinateur portable aussi. Parce qu'il semble que tous ceux qui bossent pour le Petit Journal en aient un, et que mon avenir professionnel passe par le Petit Journal. Et par Le Parisien aussi, mais faudrait que je les appelle. Et par Têtu aussi, mais il faudra d'abord que je règle des questions familiales. Oui, ça c'est important : aplanis les questions familiales si possible. 'Fin, rends-les plus supportables, quoi.
Ça m'arrangerait si tu pouvais agir sur l'esprit de mon papa en sorte qu'il ne confonde plus les tablettes de chocolat Milka classiques (et délicieuses) avec des tablettes de chocolat Milka Tendre au lait (dégueulasses).
Je voudrais manger des crêpes au Nutella à m'en crever la panse. Et je voudrais avoir une voix en or.
Et avoir mon année avec mention et réussir tous mes concours, de façon à avoir le choix. J'aimerais avoir le droit d'être hésitant et paumé, de ne pas savoir quel chemin emprunter.
J'aimerais retourner à San Francisco, à Boston et à Provincetown. Et j'aimerais avoir du temps à consacrer à mes pauvres petits Sims : je ne les ai pas vus depuis le mois d'août. J'aimerais bien avoir une colombe aussi. Je l'appelerais Whitty. Et un nouveau manteau aussi.
Le temps et l'inspiration pour écrire quelque chose de présentable. Des fous rires. Des éclats. Des disputes aussi, parce que c'est bouleversant. Des bébés, plein. Un poisson rouge. Une épaule. Un hochet. Un appart'.
Je compte sur toi, Père Noël. Je te laisserai du Nutella dans le grenier.
Avec toute mon affection,
Allégrion
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samedi, 29 novembre 2008
I'm a believer
Aujourd'hui, j'avais envie de blablater sur comment je me suis fait draguer par un garçon en cours de muscu'. Malheureusement, il se décrit lui-même comme un "gringalet", et je ne puis affirmer le contraire. Il est très sympathique, et j'aimerais que nous soyons amis, mais j'espère qu'il n'en veut pas plus parce que je bloque sur l'image traditionnelle du couple ; or, dans cette image, c'est moi qui joue les gonzesses éplorées, et mon mec doit être plus grand (soit plus d'1,80m), plus gros (soit plus de 72kg (parce que j'ai envie de pouvoir le traiter de gros lard sans être complexé)) et plus âgé (soit plus de 5 ans d'âge mental et 20 ans d'âge physique). Par contre y en a un qui semble satisfaire à toutes ces exigences, et...
Bref. J'avais envie de blablater là-dessus. Mais en ouvrant ma page à blogs, celle où sont répertoriées toutes les mises à jour des blogs que je suis régulièrement, je suis tombé sur le "Le saviez-vous ?" de Spontex.org, et j'ai été perturbé. La phrase du jour est la suivante :
"Il faut" (Ezekiel 18:4) "forniquer" (Corinthiens 6:9, 10) "avec des chiens" (Thessaloniciens 1:6-9) "morts" (Timothée 3:1-10).
Je suis totalement hermétique à ce genre d'humour, et l'auteur de ces lignes devrait selon moi prendre des cours auprès de Gad Elmaleh, de Jamel Debbouzze ou des Robins des Bois (♥) même si ces derniers n'existent plus (rip).
De surcroît, il montre son ignorance dans la mesure où il n'a pas clairement cité les références de ces passages : il ya DEUX lettres aux Corinthiens, DEUX lettres aux Thessaloniciens, et DEUX lettres à Timothée (Paul, l'auteur de ces lettres, devait les écrire en mode binaire (hihihihihi)) ; or, en l'occurence, on ne sait pas lesquelles il mentionne.
Enfin, je suis croyant et j'apprécie moyen. En fait, j'apprécie pas parce que c'est pas drôle. Quand on fait de l'humour sur un truc aussi sensible, on essaie de faire en sorte que ce soit drôle. Là, euh, plouf, mais c'est même pas un plouf drôle. Y a des bides rigolos, eh ben là, non.
Dieu merci, je ne suis pas un horrible intégriste. J'ai la chance de pouvoir lire la Bible régulièrement, et ça me permet d'échapper au fanatisme. Je crois que le fait d'être un gros pédé aide aussi, en réalité. Parce que l'on est irrémédiablement condamné au prime abord par les textes sacrés, on essaie de ne pas les lire au premier degré, mais d'aller plus loin. Plus loin que les clivages religieux par exemple. Parce que Jésus n'a pas fondé de religion, je n'appartiens à aucune religion. Je suis jésusite (après recherche googlienne, ce mot n'est pas très usité, et l'on peut considérer qu'il a été inventé par moi). Je crois en Dieu. En Jésus, aussi, et je crois qu'il est lui-même Dieu. Je crois qu'il est le Fils de Dieu. Qu'il est mort et qu'il est ressuscité après avoir foutu une savate dans la face de Satan. Et je crois qu'il m'aime et qu'il a fait ça pour moi. Je prends un malin plaisir à réfuter tous les dogmes et toutes les doctrines : si Jésus n'a pas jugé bon d'établir de dogme ou de doctrine, je vois pas comment de misréables créatures pourraient se permettre d'en émettre. Si je vois les choses au travers du prisme de la foi, ça ne m'empêche pas de comprendre que d'autres ne voient pas les choses de cette manière. Je ne voudrais pas que ça ressemble à du prosélytisme. C'est juste que ma dimension spirituelle fait aussi partie de moi, même si elle n'est pas une chose que je dis.
C'est que ma relation à Lui (je l'appelle souvent Le Grand Monsieur Là-Haut) appartient selon moi à l'ordre de l'intime et de l'ineffable. Personne n'a besoin de savoir ce que je Lui confie et ce qu'Il me répond (il y a des tas de voix dans ma tête, mais à la longue, j'ai fini par les reconnaître). Et de lire cette blague même pas drôle, ça me fait intimement mal, comme si on avait mis bout à bout des citations du Journal d'Anne Frank, et qu'on lui avait fait dire : "Je" "veux" "mourir" "du" "typhus" "avant" "d'avoir" "quinze" "ans".
Je crois finalement que pour critiquer, rire et se moquer, il faut connaître. S'il avait connu la Bible, l'auteur de cette idiotie aurait certainement pu citer des passages plus drôlatiques comme celui-ci où Dieu donne des indications peu ragoûtantes au prophète Ezéchiel :
- Ta nourriture aura la forme de galettes d'orge. Tu la feras cuire sur un tas d'excréments humains devant les yeux de tout le monde. C'est ainsi que les Israélites auront à manger des aliments impurs dans les pays étrangers où je vais les chasser.
- Ah, Seigneur Dieu, s'écria le prophète, je ne me suis jamais rendu impur ! Depuis mon enfance, je n'ai jamais mangé d'une bête crevée ou qui a été tuée par un animal sauvage ; aucune viande considérée comme impure n'est passée entre mes lèvres.
- Eh bien, répondit Dieu, je t'accorde de remplacer les excréments humains par de la bouse de vache pour faire cuire ta nourriture.
*rires*
01:07 Publié dans Blablabla | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bible, les limites de l'humour, dieu, comment être un croyant sans être un intégriste
mardi, 25 novembre 2008
Bop to the top
Pourquoi tu ne fais pas l'E.N.A. ? (Mon papa, dans le salon, 22h16)
La question a jailli comme ça, out of nowhere. Il avait passé le début de la soirée à regarder les Détectives de l'Histoire et s'était étonné de ce que ma formation n'inclue pas ce genre d'apprentissage. C'est juste que nos cours d'histoire sont distillés sous des appellations plus larges. Faut suivre, c'est tout. Bref.
Et c'est là qu'il me sort : "Pourquoi tu ne fais pas l'E.N.A. ?"
Parce que j'veux pas, pardi. Mes parents rêvent secrètement toutes les nuits qu'au petit matin, je ne sois plus moi, mais Rama Yade (ou Rachida Dati en moins impopulaire). Un symbole de la réussite des minorités visibles, un exemple pour donner de l'espoir aux d'jeuns des cités, un avant-gardiste qui réparerait l'ascenseur social. Seulement, ces projets ne figurent pas dans mon plan de carrière.
Issu d'une formation universitaire, j'ai subi chaque année les critiques de brillants professeurs à l'encontre de la Grande École. L'idée de finir préfet, homme politique ou inspecteur des finances me révulse. J'aime l'idée d'être libre. Et puis, le concours est très dur. Enfin, je connais pas les bonnes personnes, quoi. Et puis, pourquoi vouloir être formaté quand on peut être naturellement brillant ? Le Grand Monsieur Là-Haut m'a fait don de quelques talents, et je compte bien les utiliser, mais pas en corrompant mon âme et mon intelligence. Je refuse de faire partie d'un consortium élitiste autoproclamé. Au contraire, je veux être journaliste pour critiquer avec aigreur la reproduction sociale, les dysfonctionnements de l'Éducation Nationale, les travers des médias, les coulisses de l'État et les déboires de Loana (qu'est-elle devenue d'ailleurs ?). La route sera périlleuse, parce que la liberté, ça fait mal, mais j'y arriverai.
De toute façon, mon avenir est déjà tout tracé. Je serai célèbre pour je ne sais trop quoi (un article, un bouquin, un discours, mon accession à la Mairie de Paris - sans être un homme politique) et je passerai au journal de Claire Chazal. Là, elle me demandera :
- Êtes-vous fier d'incarner un modèle de réussite pour les jeunes issus de l'immigration ?
- Et vous, rétorquerai-je, êtes-vous fière d'incarner un modèle de réussite pour les vieilles issues de l'exode rural ?
Pas de cadeau dans le show-biz. Je déteste les étiquettes.
00:56 Publié dans Hein ? | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ena, échelle sociale, ascension, ambition professionnelle, minorité visible, réussite sociale, rama yade
dimanche, 23 novembre 2008
J'veux faire pipi
J'ai eu très chaud.
J'avais enfilé quelques verres de jus d'orange le midi, et comme j'aime bien ça, je ne regarde pas à la dépense (surtout que c'était payé par Papa-Maman). Et puis, de l'eau aussi, parce que j'aime bien l'eau, moi. Seulement, je n'avais pas songé au fait que je m'apprêtais à traverser Paris de part en part, et que j'allais passer près d'une heure dans les transports. C'est ainsi que parvenu à Gare d'Austerlitz, l'envie devint pressante, si ce n'est urgente. Là, je me suis souvenu que je m'étais promis de faire une recherche approfondie en vue de trouver des sanitaires propres à proximité de chaque grande station, mais que, par négligence, je n'avais toujours rien fait. La carte des Stations Où Descendre Quand On Veut Faire Pipi est toujours à l'état de brouillon. C'est que les toilettes publiques dans la rue suscitent en ma noble personne une aversion sans pareille. J'ai besoin de savoir qu'il y a un bâtiment autour, avec des tuyaux et une vraie plomberie. Il me fallait donc un édifice public pourvu de sanitaires au plus vite.
Les stations s'égrènent, je réfléchis. Où faire pipi à Saint-Michel ? La fontaine ? Totalement exclu. Un café ? Et affronter la perspective d'un "Nos sanitaires sont réservés aux clients qui consomment" ? Non. Et puis, les regards des gens en disent long (ils disent : "Regarde-le çui-là : il vient que pour aller pisser !" et j'ai alors l'envie perverse de crever les yeux des gens et de faire pipi sous leurs yeux atrophiés). La station suivante, c'est Musée d'Orsay. N'y tenant plus, je descends, bien décidé à trouver un endroit où je pourrais mettre fin à la tension qui agite ma vessie tourmentée. Le musée, c'est payant, et payer pour uriner, c'est contraire à mon éthique. Je fais le tour, passe devant des cafés, mais ils sont tous pleins de gens, et je risque de laisser des témoins. Le siège du PS aussi, mais comme je ne suis pas encarté et que la démocratie, c'est parfois effrayant (genre "faut-il laisser le jeune homme accéder aux toilettes du bâtiment ?" - 50,02% de réponses négatives avec trois voix d'écart et 26,3% d'abstention), je me refuse à sonner. Je pense à sonner chez des particuliers et à inventer un mensonge éhonté - "Pitié ! Je souffre d'une grave infection urinaire, et je risque d'imploser à tout instant ! Mon sang va entrer en contact avec mon urine si vous ne me laissez pas utiliser vos toilettes !" - et c'est là que, miracle, je tombe sur la biblitohèque de l'Inalco. L'Inalco, c'est l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales. Ce qui représente peu d'intérêt à mes yeux, puisque que tout ce qui dépasse le cadre parisien représente peu d'intérêt à mes yeux.
Ce qu'il y a de bien avec les bibliothèques, c'est que c'est souvent gratuit, que personne ne te regarde pour t'étudier et analyser ton comportement, et que si tu rentres et repars aussitôt, les bibliothécaires se disent juste que tu n'as pas trouvé LE bouquin que tu cherchais. Ce qu'il y a de moins bien avec les bibliothèques universitaires, c'est qu'elles sont souvent payantes pour les gens qui ne relèvent pas de l'université concernée. Je me décide à entrer, et à demander des renseignements pour l'inscription, quitte à m'éclipser discrètement vers leurs sanitaires après une courte visite des lieux.
Mais ce qui m'attend dépasse mon entendement. Dans cette bibliothèque, les gens ont des places attribuées à l'entrée. On te donne un numéro, et tu t'asseois à cet endroit-là. Tu n'as pas le droit de bouger. Je demande des renseignements à la madame derrière son comptoir qui m'indique que je n'ai pas le droit d'emprunter, mais que je peux m'inscrire, consulter les ouvrages, faire des demandes, blablabla. Pendant ce temps, je sautille sur place sentant l'imminence de l'instant T. Parce que je ne peux me permettre d'espérer une autre bibliothèque plus cool avant dix bonnes minutes, je m'inscris. Faut remplir les formulaires, signer ici, lire le règlement, montrer de l'intérêt pour les brochures et tout le toutim. Je sens mes yeux enfler derrière mes lunettes et je reste debout sur un pied pour faire taire mon envie. La bibliothécaire me tend ensuite une carte de la bibliothèque indiquant les différents rayons (Asie, Océanie, Moyen-Orient, etc.) et me demande ce que je préfère. Incapable de retrouver les toilettes sur le plan, je choisis le rayon japonais parce que les toilettes japonaises sont réputées dans le monde entier et que j'ai beaucoup aimé l'Élégance du Hérisson.
J'hérite de la place n°52 et je cherche les sanitaires du regard. Mazel Tov, ils sont dans mon champ de vision. Je déloge la fille n°50 qui s'était étalée, je dépose mes affaires en vitesse et me rends d'un air détaché aux cabinets. Là, j'atteins le nirvana, puis redescends.
Je ne sais pas trop quoi faire à présent parce que dans cette bibliothèque, on t'attribue une place pour la demi-journée, et que ça la fout mal de ressortir comme si de rien n'était. Surtout qu'il faut que je rende mon "52". Je fais donc semblant de m'intéresser à un dictionnaire gros comme l'œuvre complète de Tolstoï et je le parcours genre je comprends tout (ces Japonais ont des mots tellement bizarres... les étrangers, j'te jure). J'empoigne ensuite mon téléphone et fais comme si j'avais reçu un SMS de la mort qui tue en prenant un air horrifié. Je joue le paniqué, repose vite fait ce chef-d'œuvre de la littérature qu'est le dictionnaire Japonais-Français et m'aventure vers la sortie. Je murmure dans un souffle à la bibliothécaire : "Une urgence familiale... Je ne peux pas rester. Merci pour tout !". Je lui rends mon "52" et pars en courant.
La morale de l'histoire, c'est que c'est très utile de s'inscrire à la bibliothèque, parce que comme ça, on peut faire pipi. Maintenant, j'ai une nouvelle carte de lecteur, et sur ma carte des Grandes Stations Où Descendre Quand On Veut Faire Pipi, je vais pouvoir ajouter Musée d'Orsay.
Bientôt, je mettrai en ligne les vidéos des meilleures toilettes du monde où il y a des trucs automatiques trop fabuleux.
22:16 Publié dans Blablabla | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : inalco, bibliothèque, envie pressante, toilettes publiques
samedi, 22 novembre 2008
Oups !
Ah oui, voilà ce que j'avais oublié : ma lettre au Père Noël. Ça fait une éternité que j'y pense, et avant que le temps ne me fasse cruellement défaut, je compte bien lui écrire trois petits mots (ou plus). L'année dernière, ma lettre au Père Noël est parvenue par maladresse à ma prof' de droit civil. Je lui avais rendu une dissertation ou un commentaire d'arrêt, un truc inepte et horrible quoi, et elle m'a rendu ma copie la semaine suivante :
- M. M., c'est à vous ? m'a-t-elle dit en me tendant la lettre.
*Horreur et boule de gomme.*
- Euh... Oui. *regard apeuré*
- Tenez... Ne vous inquiétez pas, je ne l'ai pas lue !
- Ah... Euh... Hein... Oui... D'accord... Merci...
Il n'est pas nécessaire de dire que je n'osai plus jamais la regarder dans les yeux et que j'envisageai durant un instant d'opter pour d'autres cours. Mais je suis resté finalement, parce qu'une prof' qui te rend ta lettre au Père Noël sans se moquer ouvertement de toi et sans faire allusion à son contenu, j'applaudis. Surtout que dedans, je demandais au Père Noël de faire en sorte que M. C. soit fou amoureux de moi. Ou V. S. en deuxième choix (celui-ci assistant aux mêmes cours que moi, et étant donc connu de la prof') si M. C. ne voulait vraiment pas. J'avais quand même pris soin de mentionner mon âge et l'excellence de ma santé mentale pour éviter que les elfes du Père Noël me prennent pour un fou dangereux.
Le "Ne vous inquiétez pas, je ne l'ai pas lue !" me laisse penser tout le contraire. Peut-être que j'avais vraiment une tête paniquée en voyant que ma lettre était tombée entre ses mains, mais nul besoin de préciser "Ne vous inquiétez pas". À mon avis, elle voulait surtout dire : "Votre secret est entre de bonnes mains. J'en parlerai à mes copines, mais elles ne vous connaissent pas, alors !". Même pliée, on voyait clairement se détacher le "Cher Père Noël". Et moi, je n'aurais jamais résisté à un tel appel. J'aurais même vu là un signe du destin que la lettre d'un grand enfant adressée au Père Noël me parvienne à moi. J'aurais tout mis en œuvre pour que ce grand enfant continue à croire à ses rêves. Malheureusement, elle ne poussa pas la gentillesse jusque là, et le Père Noël non plus d'ailleurs, puisque je n'obtins rien de ce que j'avais demandé (à moins que le Père Noël considère qu'il avait accompli son travail en faisant de nous des amis sur Facebook).
Je vais donc écrire deux lettres cette année. Une au Service Clientèle, et une autre au Père Noël en personne. En faisant en sorte qu'elles parviennent toutes deux à leur destinataire sans passer par des intermédiaires gênants.
Pour ceux qui veulent, voici l'adresse du Père Noël :
Père Noël
3, Avenue du Ciel
75777 Paris (ben oui, c'est la plus belle ville du monde, alors je vois pas pourquoi il serait allé vivre en Finlande)
23:53 Publié dans Blablabla | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lettre au père noël, mauvais destinataire, adresse père noël
Combien de temps ça dure l'éternité ?
Combien de temps ça dure l'éternité ? (Devant mon PC, 21h28)
Je me suis posé cette Question du Jour, parce que j'ai l'impression que ça fait une éternité que je n'ai pas écrit. Écrit pour de vrai, je veux dire, parce qu'un exposé sur les différences entre réalisme offensif et réalisme défensif, ou une note de synthèse sur les nouvelles formes institutionnalisées de participation électorale, ce n'est pas vraiment écrire. C'est du gribouillis inepte. Écrire, c'est se sortir toutes les choses qu'on a dans la tête pour les coucher sur le papier. Ou sur un blog. Ou dans une Pensine, mais ça doit coûter bonbon.
Ma dernière note datant d'il y a cinq jours, on peut raisonnablement conclure que l'éternité, ça dure moins d'une semaine. Quand les gens se marient pour l'éternité et qu'ils divorcent deux ans après, c'est juste parce qu'ils n'avaient pas signé pour des éternités. Quand mon amoureux me demandera en mariage, je voudrais qu'il fasse une demande toutes éternités comprises. J'aime bien l'éternité, parce que ça me fait penser à Michel Berger et à cette chanson là :
Pendant l'éternité, j'ai donc gribouillé. J'ai cru rencontrer le Big Love une ou deux fois (mais je ne me souviens plus de ce qui m'a fait croire ça sur le coup ; je suis prêt à croire n'importe quoi parce que je n'ai plus confiance en rien). J'ai ri de la situation du Parti Socialiste, parce que j'adore me moquer des autres, et je me suis demandé ce qui se serait passé si une chose pareille s'était produite aux présidentielles. De toute façon, je comprends mal le système du vote majoritaire. Je ne comprends pas comment les analystes en viennent à dire que Bidule
a remporté une large victoire avec 55% des votes. Ça fait quand même bizarre, parce que les 45% qui restent, ils sont peut-être pas larges, mais je trouve que ça fait quand même beaucoup de gens. À part ça, pendant l'éternité, je me suis inscrit à l'auto-école. Une "référence sur la Rive Gauche", paraît-il. C'est que je ne suis pas très Rive Droite. Mon côté bourgeois, hautain et prétentieux se complaît dans le Quartier Latin. J'avais déjà suivi quelques cours, il y a deux ans de cela, et mon come-back n'est pas si désespérant que ça, puisque je n'ai fait que huit fautes (dont deux parce que les questions étaient très mal posées). J'ai trouvé un ballon rose près de Beaubourg, ou plutôt, il est venu jusqu'à moi, et je suis rentré à la maison avec.
Je suis allé à l'Imprévu, et j'ai croisé Misère Lactée, mais je ne sais pas si elle m'a reconnu.
J'ai vu Vincent Lindon et Beigbeder aussi, mais ce n'était pas à l'Imprévu. Le serveur n'est pas très mignon, mais comme il est très musclé, ben, j'ai pas arrêté de sourire niaisement, et même qu'à la fin, il a posé sa main sur mon épaule en me demandant si j'allais bien.
Je suis allé voir la Tour Eiffel bleue, et j'ai retrouvé l'endroit où j'ai embrassé un garçon dans la rue pour la toute première fois. À la place de mon rocher fétiche dans le jardin avoisinant, il y avait toute une compagnie de policiers en embuscade, alors j'ai mis ma capuche et j'ai tracé ma route en leur jetant des regards hautains genre : "Demande-moi mes papiers et j'te mets mon DEUG (oui, bon, d'accord, ça vaut plus rien un DEUG, mais faut l'avoir pour savoir que ça vaut rien) de droit dans la matraque". Bon, finalement, nous sommes restés bons voisins, et ils ne m'ont pas abordé (est-ce que je suis trop moche ?). J'ai commencé à lire Madame Bovary, et j'aime beaucoup. Notamment quelques passages qui me semblent très... Killing me softly. D'habitude, je ne lis pas trop de littérature classique, parce que si c'est classique, c'est que c'est commun, mais là, c'est bien. (Hugo est classique mais est totalement hors du commun. Il échappe à toute classification. Il est le plus mieux au monde, et je ne comprends pas pourquoi on ne lui file pas un Goncourt par an, au titre de chacune des lignes qu'il a écrites.) Flaubert écrit : "Léon était las d'aimer sans résultat ; puis il commença à sentir cet accablement que vous cause la répétition de la même vie, lorsqu'aucun intérêt ne la dirige et qu'aucune espérance ne la soutient. Il était si ennuyé d'Yonville et des Yonvillais, que la vue de certaines gens, de certaines maisons l'irritait à n'y pouvoir tenir ; et le pharmacien, tout bonhomme qu'il était, lui devenait complètement insupportable. Cependant, la perspective d'une situation nouvelle l'effrayait autant qu'elle le séduisait." Et aussi ça, parce que des fois, je me sens provincial : "Emma était accoudée à sa fenêtre (elle s'y mettait souvent : la fenêtre, en province, remplace les théâtres et la promenade), et elle s'amusait à considérer la cohue des rustres".
Et puis, j'ai aussi longuement fredonné ce morceau d'Alicia Keys :
Parce que des fois, la solitude, c'est pesant. J'ai montré à toute ma classe qu'Obama n'était qu'un amateur à côté de moi. J'ai appris que je pouvais faire un stage au Parisien sur un simple coup de fil. J'ai momentanément renoncé à toute forme de vie sociale. J'ai mangé un menu Royal Bacon Maxi Best Of. Et des pâtes au saumon et à la crème fraîche aussi. J'ai renoué des liens amicaux avec un ami perdu.
J'ai vécu pendant une éternité.
23:22 Publié dans Hein ? | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éternité, temps qui passe, l'habitude, regarde-les, l'imprévu


